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Comment traduit-on un roman ? Rencontre avec Ange pour Altered Carbon

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InterviewLe 30 Jan
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Ecrire un roman c'est une chose. On l'a vu hier en retraçant le fascinant parcours de Richard Morgan. Mais traduire un roman, c'en est une autre. Et pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette mystérieuse profession qu'est celle du traducteur, nous avons profité de la sortie ce vendredi d'Altered Carbon sur Netflix pour causer passage d'une langue à l'autre avec Ange !

Mais rassurez-vous, nul besoin de monter dans les nuages pour suivre cette conversation. Ange est en fait un duo d'auteurs et de traducteurs, composé d'Anne et Gérard, et c'est ce dernier qui a bien voulu répondre à nos questions sur son métier, son expérience sur Carbone Modifié (le roman de Morgan tel qu'on le connaît chez Bragelonne) ou encore sur son actualité du côté de la BD, puisque les amateurs du neuvième art et des production Soleil le connaissent bien.

  Commençons par le début. Comment devient-on traducteur ? La force de la passion ? Un parcours académique particulier ? Un amour pour les langues ?

En fait, c’est beaucoup moins poétique que ça. Quand nous avons décidé que notre métier serait l’écriture, il a vite fallu se diversifier afin de manger autre chose que des cailloux tous les jours. Et quand on nous a proposé de faire nos premiers essais, cela nous a semblé naturel.
J’ai suivi un cursus technique, Anne a fait une fac de droit, nous ne sommes donc pas passés par une école de traduction. Mais à mon avis, un bon traducteur c’est avant tout un bon auteur. Il ne suffit pas d’être bilingue pour sortir une bonne traduction, on confond souvent les traducteurs et les interprètes.

  Pour creuser un peu plus dans le sujet : quel processus suit-on quand on s'attaque à la traduction d'un roman ?

Il y a différentes « écoles » de traduction… pour notre part, la place de la virgule dans la phrase n’est pas importante… l’information, par contre, oui. La musique du texte, son rythme. Ça, c’est important. Durant les premiers chapitres, on va s’immerger, se laisser guider par le texte pour comprendre comment il coule et essayer de transcrire ça au mieux. Est-ce qu’une bonne traduction, c’est une traduction au mot à mot ? Je ne crois pas, au contraire. Nos mentors en traduction, c’était Jacques Goimard et Patrice Duvic. Pour eux, c’est le résultat qui était important, que le livre soit un plaisir à lire en français, pas que tous les mots y soient. 
Mais d’autres traducteurs raisonnent différemment bien sûr.


 Passons à Carbone Modifié : pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec l'œuvre ?

Je me souviens qu’Alain Nevant (président des éditions Bragelonne) m’en avait parlé discrètement lors d’une soirée. Soirée durant laquelle j’avais failli marcher sur Kenny « R2D2 » Baker d’ailleurs. Littéralement. Alain m’avait dit « on a les droits d’un super roman, il est pour toi ! Mais chut ! » et comme c’était un tout petit milieu, peu de temps après, d’autres éditeurs découvraient Carbone Modifié et évidemment voulaient en acquérir les droits. Le plus drôle, c’est quand ils m’en parlaient à moi…

Ensuite, le pitch est tellement simple, tellement… pur. Si on a une sensibilité Cyberpunk, futur noir, on ne peut qu’adhérer. Carbone Modifié, pour moi, au-delà de ses qualités, c’est un des deux meilleurs romans qu’on a traduit. L’autre étant Only Forward de Michael Marshall Smith (paru sous le nom d'Avance Rapide).

  L'univers de Carbone Modifié étant rempli de termes techniques, comment un traducteur aborde-t-il ce genre de challenge ? Et comment se mettre d'accord sur la meilleure traduction ?

Ca peut être compliqué de traduire un roman quand on n’est vraiment pas en phase avec un genre ou avec l’univers. Par chance, ce n’était pas le cas, et c’était sans doute une des raisons pour lesquelles Alain nous avait confié Carbone. La plupart des termes sont relativement classiques mais une poignée est vraiment spécifique à la trilogie Kovacs, comme les Stacks par exemple. Et en fait, ça vient tout seul. La pile est un terme d’informatique (et ça tombe bien, c’est aussi la base de mon cursus). 


Les Diplos (Envoy, ci-dessus) sont venus moins vite. Mais ils ont reçu la bénédiction de Richard Morgan (l'auteur, qui lit le français) donc on peut dire qu’on avait tapé juste. Autant dire que j’ai un peu peur de la version française de la série Netflix. Un doublage ou un sous titre, c’est fait dans la rapidité et pas durant des mois d’immersion dans l’univers. Soit ils ont travaillé avec le glossaire de la traduction, soit ils ne l’ont pas suivi et il y a de grandes chances qu’on entende mes sanglots étouffés lors de la diffusion… que leurs choix soient bons ou mauvais, d’ailleurs.

•  N'y a-t-il pas, d'ailleurs, une tentation, une envie de s'approprier l'œuvre en la traduisant ? Surtout quand on écrit soi-même de la fiction ? Peut-être même que le fait de travailler à deux ou seul influence vos écrits !

On s’approprie toujours un texte. Mais l’un des secrets et des impératifs est justement de résister et de se l’approprier juste ce qu’il faut. Il faut respecter le texte et l’auteur en trouvant sa place… et oui, bien sûr, travailler à deux ou seul, ce n’est pas la même chose. On s’appuie sur l’autre, sur ses points forts. Le but étant qu’au final on ne sache plus qui est intervenu où… Quand nous même nous ne savons plus qui a traduit quoi ou qui a écrit quoi, c’est bon (enfin, quand on en est content, hein…).

  J'enchaîne sur ce sujet, du coup : il y a quelques années, vous avez écrit le roman La Mâchoire du Dragon sous le pseudonyme de G.E.Ranne. Et vous l'adaptez maintenant en bande-dessinée. N'est-ce pas là aussi une forme de traduction ? De la prose au scénario par exemple ?

En fait oui, parce qu’une traduction, c’est obligatoirement une adaptation. Et là, c’est une adaptation d’un roman en BD. On a fait quelques modifications, il y a des éléments qui passent plus facilement en BD tout de même… Mais globalement on pense que c’est plutôt fidèle et l’auteur original est plutôt d’accord. 


  A ce propos, quels sont vos prochains projets du côté de la bande-dessinée ?

On va fêter les vingt ans de La  Geste des Chevaliers Dragons dans la bonne humeur cette année et dans cette période difficile pour la BD, avoir une série qui tourne toujours après 20 ans, c’est plutôt une bonne chose. Puisqu’un magazine de BD en a parlé, on peut dire aussi qu’on reprend la série de Yves Swolf,  Légende, avec Stephane Collignon au dessin pour une sortie prévue en 2019. En 2019 sortira aussi Vampire State Building, dessiné par Charlie « Walking Dead » Adlard et co-écrit avec Patrick Renault. Et d’autres projets encore, mais chut, c’est secret. Mais on aura peut-être l’occasion d’en reparler ici ou autre part !

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