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Pacific Rim : concentré de (pop) culture ?

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ChroniquesLe 20 Mar
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"Je ne voulais pas faire quelque chose de post-moderne, de référencé ou même appartenir au genre. Je voulais juste créer quelque chose de nouveau, mais de complètement amoureux de ces choses-là. J'ai essayé d'y apporter un souffle épique, du conflit et une grandeur digne d'un opéra."

Ce sont ces mots qu'utilisait Guillermo del Toro au micro d'Adam-Troy Castro (de SyFy) en 2012. Et ce n'est pas forcément ceux qu'on entend aujourd'hui graviter autour de Pacific Rim, film qui en son temps, a reçu les honneurs de la critique, mais depuis, semble être facilement parodié en un métrage pop-corn et coloré. 
 
Ce qu'il est, à n'en pas douter, mais on aurait tort de limiter la création de del Toro à ce niveau d'analyse. Car de son côté, le réalisateur s'est emparé d'une dizaine de cultures pour donner naissance à sa propre mythologie. A l'occasion de la sortie du petit frère Pacific Rim : Uprising, revenons donc sur les nombreuses influences brassées dans le film original.

L'imaginaire de la Seconde Guerre Mondiale

Ce n'est un secret pour personne : les films de la Seconde Guerre Mondiale ont eu un impact considérable sur les grands univers de science-fiction, et Pacific Rim ne fait pas exception. Le film de Guillermo del Toro est ainsi chargé de références à cette trouble époque et ses engins de guerre.
 
 
L'élément le plus visible est assurément le design du Jaeger principal, Gipsy Danger. Sa silhouette est certes davantage inspirée par les bâtiment Art Déco que sont le Chrysler Building ou l'Empire State Building (tous les deux New-Yorkais) mais de nombreux détails sur sa carapace évoquent les avions de la Seconde Guerre Mondiale. La peinture du Mecha notamment, avec en particulier la présence d'un "nose-art" sur le torse de l'engin, qui fait écho aux nez décors des appareils du deuxième conflit mondial. Même le nom Gipsy Danger est une référence à la période, d'ailleurs, puisque le De Havilland Gipsy était l'un des moteurs les plus courants sur les avions britanniques et alliés.
 

 
Mais la liste ne s'arrête pas au seul Jaeger de Raleigh Becket (Charlie Hunnam) puisque le Mecha Russe, Cherno Alpha, dont le nom est tiré du démon slave Chernobog, a été modélisé d'après la série de chars d'assaut russes T. Vous connaissez d'ailleurs sans doute le char T-34, considéré comme l'instrument de la victoire russe. Et pour la petite anecdote, Cherno n'est pas uniquement inspiré des tanks austères de la Russie soviétique, puisque la forme de son réacteur nucléaire rappelle le générateur de fusion d'un certain Doc Brown, installé sur une célèbre DeLorean.

La culture du Kaiju et des monstres

Si les robots du film bénéficient d'une intention certaine, elle n'est que peu de choses en comparaison de l'immense travail de développement accordé aux Kaijus de Pacific Rim. Des centaines de designs ont été imaginés en amont du tournage, et seule une poignée d'entre-eux se sont retrouvés sur nos écrans. En effet, chaque semaine, l'équipe du film faisait passer un "casting" à tous ces monstres, en conservant seulement les meilleurs d'entre-eux. 
 

 
On peut donc imaginer que l'apparence des monstres de Pacific Rim variait grandement d'une illustration à l'autre. Cela dit, toutes les bestioles avaient un point en commun : elles ont été conçues d'après une structure vaguement anthropomorphique. En effet, Guillermo del Toro avait dans l'idée d'imiter les Kaijus de son enfance, ceux des shows et films japonais, où les monstres étaient incarnés par des humains dans des costumes de latex.
 
Le film est ainsi dédié à Ishiro Honda, qu'on appelle parfois "le père de Godzilla" puisqu'il a réalisé ses premières aventures, en 1954, et s'est petit à petit imposé comme le réalisateur de films de Kaijus par excellence. Mais les monstres ne se limitent pas à l'archipel japonais et Pacific Rim tire également son chapeau à Ray Harryhausen, animateur culte connu pour sa maîtrise du stop motion, technique elle aussi bien pratique pour donner vie aux monstres, comme ceux du Voyage Fantastique de Sinbad ou encore du Choc des Titans, version 1981.
 

 
Enfin, de nombreuses autres références monstrueuses sont à dénicher du côté des noms de codes attribués aux Kaijus par l'équipe du film. On pense au plus évident : le Karloff, nommé d'après Boris Karloff, l'acteur derrière la plus célèbre incarnation de Frankenstein, mais aussi célébré pour La Momie. Et si vous voulez aller encore plus loin, vous pouvez chercher du côté de The Space Giants, série que Guillermo del Toro appréciait tout particulièrement pour la richesse de ses monstres.

Mechas en pagaille

Revenons à nos Jaegers, eux aussi fortement inspirés de la culture japonaise, et de celle de l'anime, en particulier. Ici, les références fusent et ce sont peut-être celles sur lesquelles Guillermo del Toro s'attarde le plus durant les différentes interviews qu'il a pu donner au sujet de Pacific Rim.
 

 
L'influence majeure du film serait ainsi Tetsujin Nijûhachi-go, où l'Homme de Fer numéro 28, littéralement. Et pour cause : il s'agit du premier manga mettant en scène un robot géant, ou plutôt, un Mecha, la différence étant le besoin d'un pilote là où un robot est à priori autonome. Dans Tetsujin 28-Go, un petit garçon récpère ainsi le 28ème mecha créé par un professeur pour renverser le cours de la Seconde Guerre Mondiale. Il ira ainsi affronter les versions 26 et 27 de l'engin, volées par des criminels. Une machine de guerre transformée en symbole de paix donc, un trope très courant dans la culture populaire (japonaise) et qui évoque le programme Jaeger de Pacific Rim.
 
On pourrait d'ailleurs élargir cette influence à deux tendances fortes du manga et de l'animation japonaise. La première, c'est l'apparition des robots en guise protagonistes, dans les années 1950. Avec Tetsujin 28-Go donc, mais aussi Astroboy, d'Osamu Tezuka, par exemple. La seconde, c'est le boom des œuvres japonaises animées, qui commence à la fin des années 1980 avec Akira et englobe d'autres œuvres cultes comme Ghost in the Shell. On retrouve la bizarerie du premier film dans l'errance des scientifiques au sein du cerveau d'un Kaiju et la technnologie du second dans le Drift, qui synchronise le Mecha à ses pilotes, par exemple.
 

 
Enfin, comment ne pas citer Go Nagai, qui fut le premier à placer les pilotes d'un robot géant à l'intérieur de l'engin - avec Mazinger Z en 1972 - ou Mobile Suit Gundam, sans doute les deux séries de Mechas les plus reconnues dans le monde. On sait que ce bon Go Nagai a adoré le film, et que malgré les consignes ou les dires de del Toro, plusieurs références directes à la culture du Mecha subsistent dans son film, comme l'apparence de Cherno Alpha (encore lui), qui serait largement inspirée du look des MS-06 Zaku II, l'un des designs les plus connus de tout l'univers Gundam.
 
Et vous vous en doutez, il y aurait des dizaines d'autres influences à souligner, comme Ultraman, série où le robot était lui aussi incarné par un humain en costume, qui revient souvent dans les prises de paroles de Guillermo del Toro.

Des classiques de la peinture 

Sans doute pour rester fidèle à son envie de ne pas copier ce qui se faisait déjà du côté des Kaijus et des Mechas, Guillermo del Toro était parti de la peinture et de plusieurs de ses classiques pour créer l'identité visuelle de son univers. Un bon moyen de garder ses distances avec les œuvres déjà existantes, sans doute, mais un premier mélange de cultures, surtout.
 

 
Le réalisateur mexicain s'inspire ainsi du peintre américain George Bellows, rendu célèbre pour ses peintures mettant en scène d'intenses combats de boxe, qui serviront de référence à la grandeur des combats de Pacific Rim, mais aussi à leur viscéralité. Mais Bellows n'est pas le seul artiste qui inspire del Toro, qui puise également du côté de l'espagne avec Le Colosse, qu'on a longtemps attribué à Francisco de Goya, alors que la paternité de la toile est inconnue - mais pour votre culture personnelle, sachez qu'elle pourrait avoir été réalisée par un apprenti du maître.
 
Le tableau inspira sans doute del Toro de par son échelle, complètement folle. Le Colosse met en effet en scène un être géant - à la posture digne d'un boxeur d'ailleurs - évoluant dans le fond d'une effrayante scène de fuite, potentiellement inspirée d'un poème patriotique espagnol.
 
Autre tableau à avoir eu une influence majeure sur Pacific Rim : La Grande Vague de Kanagawa, qui est techniquement une estampe japonaise et donc une gravure sur bois. Connue pour son ultisation du bleu de Prusse, cette œuvre est la plus célèbre de la série des Trente-six vues du Mont Fuji de l'atiste Hokusai. Elle date de 1830 ou 1831 mais reste omniprésente dans la culture populaire. A la manière de Mona Lisa, on la retrouve jusque sur des T-Shirts ou des fan-arts audacieux, et dans Pacific Rim donc.
 

 
Pour la séquence d'ouverture du film, où Gipsy Danger s'aventure en mer pour sauver un unique rafiot, Guillermo del Toro s'est en effet largement inspiré de La Grande Vague, allant jusqu'à commander à ses spécialistes des effets spéciaux de reproduire l'intensité des couleurs de l'œuvre d'Hokusai. Il y revenait apparement sans cesse, quitte à sacrifier le raccord de la lumière d'un plan à l'autre. Une anecdote dans la lignée des habitudes du réalisateur, connu pour ne pas être obsédé, contrairement à d'autres, par les raccords techniques. Il leur préfère volontiers des images qui restent fortes artistiquement, et l'exemple de La Grande Vague nous le montre bien.

La suite ?

Si nous n'avons pas encore eu la chance de voir Pacific Rim : Uprising, à en croire ses trailers, le film de Steven S. DeKnight ne semble pas aussi riche en influences que son aîné. Quoi que. En se basant sur les simples bandes-annonces, on pourrait dire que la suite de Pacific Rim rapelle d'autres œuvres à base de robots et de monstres géants. C'est notamment dans son choix d'un casting très jeune que Steven DeKnight semble lorgner du côté de nombreux anime où les pilotes de Mechas sont des adolescents. On pense ainsi à Neon Genesis Evangelion, ou plus simplement écrit, Evangelion. La série diffusée au milieu des années 1990  - qui a eu une influence massive sur le genre - et son casting adolescent semblent avoir inspiré les équipes de Pacific Rim : Uprising. Reste à savoir si d'autres influences seront au rendez-vous, et comment le réalisateur derrière la première saison de Daredevil les digèrera. Mais ça, on en reparlera bientôt.
 


On pourrait citer bien d'autres références cachées pour enfoncer le clou. Parler de l'influence du western et plus particulièrement de la posture d'un certain John Wayne sur le body language de Gipsy Danger. Ou vous révéler que le génial personnage de Ron Perlman, Hannibal Chau, est nommé d'après Hannibal Chew, l'alter-ego de James Hong dans Blade Runner. Mais vous l'aurez compris : Pacific Rim regorge d'influences diverses et variées. Un blockbuster américain réalisé par un mexicain influencé par la culture japonaise : ça se pose là en termes de melting-pot. Et c'est aussi pour ça qu'il est de notre devoir de le célébrer, en tant qu'amoureux de la culture populaire, celle-là même qui rapproche les peuples en un éclair.

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