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Pacific Rim : Uprising, la chute des géants

8
ReviewLe 21 Mar
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3 /10
On a aimé
• John Boyega a l'air de s'amuser
• Les restes du premier film (comme les kaijus)
• La définition alpha d'une bonne série Z
On a moins aimé
• Une écriture catastrophique
• Racoleur à plusieurs degrés
• Charlie Day à contre emploi
• Souvent assez laid
• Steven DeKnight, loin du niveau de Del Toro

Si Pacific Rim était pétri d'influences japonaises depuis son concept jusqu'à son exécution, le film original de Guillermo Del Toro empruntait à Roland Emmerich quelques éléments de son Independance Day - en particulier, son intemporel discours de motivation. L'un comme l'autre auront dernièrement été portés à l'écran le temps de suites en reflet des sales manies que l'industrie hollywoodienne aura prises depuis peu. Des films qui ne cherchent pas à égaler le premier volet, pleins d'auto-références, d'auto-parodies, d'un ensemble de nouveaux visages en reflet de la recette legacyquel, et en l'occurrence, qui cherchent à draguer tout ce qui fonctionne actuellement.

Une autre habitude s'est formée au fil des ans, cette fois du côté du public. Habitué à crier trop fort sur des films trop moyens, le spectateur de ces dernières années n'attend plus pour qualifier telle ou telle oeuvre d'échec ou de raté fondamental - des avis "généraux" qui ont tendance à se polir avec le temps. Prenez Iron Man 3, boudé à sa sortie par un public qui se sentait insulté du twist et de la promo', qui profite pourtant d'une bonne réputation aujourd'hui par le regard rétrospectif. 

Il en irait de même pour Pacific Rim : nombreux auront été les spectateurs à critiquer chez Guillermo del Toro son recours à un scénario facile, prétexte, pour mettre en scène ce que tout gamin fana' de japanimation ou de super sentai espérait voir avec de vrais moyens. De gros robots avec de gros poings et de gros canons taper sur de gros dinos pour sauver le monde - la simplicité même. Un aspect dépouillé au service d'une promesse rare au cinéma, et pourtant diablement bien exécutée. Aujourd'hui, Pacific Rim : Uprising jette un pavé dans la marre et devrait faire relativiser ceux qui auront pris un temps considérable pour tenter d'enterrer le premier. Parce que la preuve est faite aujourd'hui que cette bête promesse d'affrontements titanesques n'est pas si simple à réussir, et n'est en fait pas à la portée de tous.

Guillaume et Stéphane parlent de gros robots


 
Pacific Rim : Uprising est la suite en décalée du premier volet. Le monde a changé, l'urgence n'est plus à la préparation martiale et davantage à gérer ce monde de jaegers et de décombres. Tout a changé : Jake Pentecost, fiston du personnage campé par Idris Elba dans le premier volet, a déserté l'académie pour mener une existence désœuvrée et bohème curieusement confortable dans les quartiers détruits par la guerre. Dès l'introduction, les règles sont posées pour une aventure moins pessimiste et absolue que son prédecesseur. 
 
D'entrée de jeu, se posent de sérieuses questions sur la cohérence d'ensemble. Uprising prend des routes différentes du premier film. Sous del Toro, on sentait une pression, une urgence, le danger imposé par l'afflux de monstres et le manque de robots en rayons. Un scénario taxé d'être bête quand il était en fait dirigiste pour les bonnes raisons : l'efficacité, la cohérence et le classicisme d'un cinéma d'action qui repose sur des promesses simples, mais remplies. Sur ce plan, Pacific Rim avait d'autres qualités : esthétique, rythmé, abouti dans les effets spéciaux et assez bien écrit pour proposer des personnages entiers façon années '90, attachants (comme le duo Charlie Day et Burn Gorman) avec la menace d'une fin du monde oppressante. 
 
Ici, la perspective est complètement inversée. Là où la "faille" d'où émanaient les kaijus était à peine expliquée, on va ici chercher à théoriser pour en créer une nouvelle - afin de ramener une nouvelle menace, tout simplement. Le scénario se complexifie bêtement, jusqu'à en devenir trop chargé, trop grotesque, trop riche en rebondissements absurdes. On retrouve des aberrations telle que l'on finit par se demander à partir de quel âge on devrait autoriser les enfants des scénaristes à donner leur avis sur un script en cours. Quand, par exemple, l'un des twists sera de présenter des kaijus dans (!) des jaegers - donc, oui, dans des armures de jaegers vous avez bien compris - ou des kaijus qui fusionnent entre eux pour devenir plus gros. 
 

 
Difficile de détailler les idées les plus stupides sans divulgâcher le "plaisir", mais du côté du méchant, le scénario ne mène bêtement et simplement à rien. Côté esthétique, là où del Toro cherchait les ambiances - des combats sous la pluie battante, dans l'eau, de nuit, pour deviner les formes et chercher les contours - ou l'improvisation depuis le coup d'épée jusqu'au coup de péniche, tout se trame ici de jour et avec assez de platitude. On devine les tricheries numériques, dans des combats souvent assez lents et sclérosés où seules quelques scènes impressionnent réellement.
 
Le film cherche en plus à économiser par un montage qui sacrifie certains effets en montrant l'intérieur des cockpits, une manière simple mais criarde de faire des économies. Généralement, on reste sur sa faim à l'exception du dernier tiers qui se montre assez généreux, mais le constat est sans appel : n'est pas Guillermo del Toro qui veut. DeKnight montre l'étendue de ses limites dans des champs-contrechamps basiques, des travellings numériques brouillons, et une hésitation entre la platitude d'éclairages naturels de jours saturés pour chercher l'optimisme des visuels et l'hommage au premier, plus jaune, plus violet, plus électrique. L'ensemble ne se marie, et on doit attendre un long moment avant que l'action ne devienne le réel moteur du film, économe sur tous les plans.

What matters in Hollywood today


 
Derrière ces robots bleutés dans des villes bleutées, une écriture catastrophique fascine sur les personnages. La peur d'échouer au box office paralyse Pacific Rim : Uprising, qui cherche du coup à trop en faire en se plaçant à trop d'endroits. L'actrice Jing Tian est incorporée (de force) à l'équilibre d'ensemble. On densifie son rôle pour lui donner quelque chose à faire dans le troisième acte, parce que sa présence implique logiquement d'intéresser le spectateur cible des productions Legendary : le sacro-saint marché chinois. Tian est à ce titre devenue une sorte de muse pour les films de Thomas Tull, et collabore pour la troisième fois avec le studio après La Grande Muraille et Kong : Skull Island.
 
Cette stratégie (qui ne paye pas vraiment pour le moment) se retrouve à d'autres échelles : le film cherche le legacyquel, la franchise à installer. On retrouve une bande de jeunes personnages en élèves de l'académie de pilotes, ce qui prend au départ des airs de Starship Troopers sauf qu'on entendra à peine parler d'eux avant le montage final. Leur présence paraît donc assez forcée et on s'en désintéresse vite à l'exception d'une en particulier. DeKnight vole à Michael Bay sa jeune pillarde des ruines et génie de la robotique de Transformers : The Last Knight, héroïne par défaut de la nouvelle génération. 
 
On se demande d'ailleurs si ce personnage là n'est pas aussi une sorte de tic qu'Hollywood prend peu à peu pour intéresser un public jeune, ou simplement une image d'Épinal pour la relation mentor/élève avec le vieux héros qui a déjà bourlingué. Il s'agit ici de John Boyega, seul personnage à avoir semblé mériter un peu plus de travail, généralement assez bon mais démuni devant des interlocuteurs sans surface et mal incarnés.
 

 
La plupart des héros sont au mieux mal dirigés. Scott Eastwood n'est bon à aucun moment, dans des répliques interchangeables de personnage interchangeable, on le pare lui et Boyega d'un love interest commun qui redéfinit à lui-seul des mois d'avancée dans la représentation des femmes à Hollywood, l'équipe d'adolescents évolue sur un niveau de stéréotype affolant et Charlie Day propose sa meilleure imitation de Sam Rockwell dans Iron Man 2 - depuis le jeu, les tenues et l'arc scénaristique développé. 
 
Dans le même élan opportuniste, c'était annoncé et la promesse est tenue, Pacific Rim : Uprising emprunte allègrement à une école de cinéma grand public souriante. On retrouve comme dans Justice League des élans de joie forcés, des blagues qui fusent aux mauvais moments ou qui ne fonctionnent pas - ce qui ne veut pas dire que le film ne fait pas rire (on y reviendra). Depuis ses couleurs jusqu'à ses héros, sa scénographie ou sa tonalité générale, Uprising cherche à faire ce que font beaucoup de films aujourd'hui. Suivre l'école des Marvel, ou plus généralement, tabler sur ce genre de cinéma inoffensif qui finit bien et où on plaque un sourire permanent aux lèvres des spectateurs. 
 
En résumé, Legendary joue la sécurité à plein. Un legacyquel avec promesse de franchise au cas où, un héros qui blague, un esprit de famille avec plusieurs générations, le marché chinois (et japonais) et un film qu'on sent moins cher ou moins fini. Plus programmé, plus commandé, plus prétexte en somme, une véritable suite tel que le terme est entendu dans les milieux modernes de commandes tentpoles. Tabler sur ce qui a marché une fois, et se donner tous les moyens de ramener plus d'argent. Mais à trop en faire, tout échoue forcément.

Rebooting the apocalypse


 
Puisque, si on arrive à s'amuser sur certains plans d'action, Pacific Rim : Uprising est un échec assez général. Le scénario est grotesque, calqué sur une formule où on sent une liste d'éléments indispensables qu'il était bon de placer à tel ou tel endroit, avec autour de ceux-là des sommets d'improvisations qui se sentent à chaque fois. Les personnages ne sont pas intéressants, l'intrigue a plus l'air d'une grande farce que d'une réelle apocalypse, on doit attendre un long moment avant que les combats ne deviennent vraiment l'attraction du film, et depuis les répliques clichés aux rebondissements désespérants, on se demande qui a validé cet étrange ovni de cinéma.
 
Sa capacité à ne pas savoir choisir, à forcer des moments d'humour déplacés et à déployer des rebondissements inattendus mène par endroits le film dans la sphère de la série Z. Ce genre de productions qu'on redécouvre quelques années plus tard avec un canapé, des amis et un frigo plein, et par dessus lesquels on s'amuse à compter les incohérences, les fautes de raccord et le jeu approximatif de certains interprètes.
 
C'est un un triste constat après Pacific Rim qui était parvenu à imposer quelque chose dans le Hollywood frileux et terne des productions Michael Bay et de sa mainmise sur le genre mécha. Une sorte de réponse geek pas seulement faite pour l'argent ou selon les codes du cinéma américain, mais aussi par amour de ces étranges oeuvres qui ramènent le gigantisme à l'ancienne des vieux Godzilla, Gundam et compagnie. Uprising est à peu près la promesse inverse. Divertissant par endroits, le métrage s'écrase lamentablement dès qu'il pose ses enjeux réels et passe d'un plaisir coupable éventuel à une authentique suite-catastrophe. 
 
 
Et un sens, on aurait envie d'être clément. Parce que, derrière son milliard et demi de défauts, on arrive parfois à être accroché par quelques chorégraphies, à sourire au détour d'une blague fugace, ou à se dire - et c'est le plus important - que cet Uprising est d'abord et avant tout un film de Steven DeKnight qui fait suite à un Guillermo del Toro. Ce qui en soi présente un niveau d'attente suffisamment bas pour qu'on se permette d'être agréablement surpris si on a pu déceler une ou deux qualités dans l'exécution. En revanche, aux véritables amoureux du premier volet, passez votre chemin et voyez cette suite comme une oeuvre appocryphe qui tente de capitaliser sur l'appel des fans à Legendary pendant ces dernières années. En un sens, nous voulions une suite à Pacific Rim, la responsabilité est donc (un peu) partagée. Mais pas de quoi vous imposer le prix du billet pour autant, soyez tranquilles.

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