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Crépuscules, une dystopie poétique

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ReviewLe 01 Avr
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8 /10
On a aimé
• La poésie de la langue
• Les choix audacieux de l'auteur
On a moins aimé
• Il faut se faire aux changements de point de vue

Dans un pays sans nom, au milieu d’une guerre qui n’en finit pas, évoluent des réfugiés dans une zone extra-légale. Ils survivent en récupérant la ferraille des cadavres des drones qui tombent au-dessus de leur tête et en commerçant avec les ouvriers de l’usine voisine. Leur existence se résume à subir les jours qui se succèdent. L’arrivée d’une femme enceinte et de son mari bouleversera cette communauté. Leur présence les renverra à la vacuité de leur quotidien.

Les éditions Le Tripode proposent de découvrir Crépuscules, un roman puissant qui plonge le lecteur dans une dystopie pesante où l’espoir se résume à peu de chose. Si l’atmosphère est lourde, elle est contrastée par une langue poétique qui frappe le lecteur.

La désolation des anonymes

La première chose que l’on remarque à la lecture c’est que les protagonistes ne sont jamais nommés. L’histoire avance par changements successifs de narrateurs. Ces passages d’un personnage à l’autre sont troublants car rien ne les prépare. On se sent quelque peu désorienté, mais très vite on prend plaisir à cet exercice. Cette impression d’être en territoire instable accroît l’étrangeté du récit. Pour autant, l’auteur ne nous laisse jamais nous perdre, il lui suffit de quelques phrases pour que l’on reprenne pied et que l’on retrouve le fil de l’intrigue.

Si les personnages ne possèdent aucun nom, le contexte qui les entoure y est tout aussi vague. On sait qu’ils sont des réfugiés d’une guerre dont on ne connait rien. L’absence de données précises de lieu et de temps procure à cette histoire un côté universel. Le conflit évoqué pourrait se passer dans n’importe quelle partie du globe. Pourtant dans cette gangue indistincte ressortent quelques maigres informations qui servent le récit, notamment le fait que ce sont des enfants enlevés à leur famille qui pilotent les drones.

Un flirt avec l’absurde

Le style de l’auteur est composé de phrases simples avec peu de fioritures où émergent au détour d’un chapitre des passages d’une rare poésie. Il s’attache à nous compter l’intimité de chacun de ces personnages. On sait ce qu’il pense de la misère qui les entoure, de leurs voisins, de leurs proches, mais aussi d’eux-mêmes. L’écrivain met à nu leur psyché. Il nous montre l’abandon des uns, les reliquats d’espoir des autres. Il anime ces petites vies avec justesse, sans que jamais cela ne semble artificiel. Nous sommes témoins de leur existence réduite à la survie. Il nous montre comment une société qui considère ses administrés comme de la vulgaire chair à canon est dépourvue d’espoir. La seule résilience qui émerge n’est là que pour conduire les personnages droit dans le mur.

Crépuscules est un livre puissant, désespéré et troublant autant dans sa forme que dans son fond. Chaque mot, chaque phrase sont comme des coups de poing qui frappent le lecteur. Le style froid de l’auteur qui touche aux nerfs mêmes de la langue arrive à faire surgir des passages d’une rare poésie. Avec ce roman, on se rend compte que Joël Crasséus est un auteur à suivre absolument.

Galerie Photo Crépuscules, une dystopie poétique

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