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Ready Player One : géant de fer aux pieds d'argile ?

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ChroniquesLe 30 Mar
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Disclaimer : cet article a été écrit par Océane, qu'on remercie pour son point de vue et ses mots ! Bonne lecture ! 

Impossible de passer à côté du phénomène Ready Player One. Déjà parce que c’est l’adaptation d’une « bible des geeks », écrite par Ernest Cline, un passionné de pop-culture. Mais aussi et surtout parce qu’il annonce le retour de Steven Spielberg dans le domaine de la science-fiction, dont il est l’un des patrons depuis près de quarante ans dans le cinéma hollywoodien. Le voir aux commandes de Ready Player One est d’une logique limpide tant il a apporté et façonné la culture de ces dernières décennies.

Attention aux spoilers !

Bienvenue donc dans un futur apocalyptique, où l’OASIS, paradis de réalité virtuelle créé par deux amis, est devenu un refuge pour une immense partie de la population. Cinq ans après la mort de son fondateur, une chasse au trésor pour trouver un immense Easter Egg et prendre le contrôle de la plate-forme tient en haleine tous ses occupants. Arrive un jeune homme, Wade, prototype de l’outsider solitaire et dont les connaissances en matière de culture pop vont l’aider dans sa quête où l’amitié, l’amour et tout le bazar habituel sauront triompher d’une entreprise redoutable voulant mettre la main sur l’OASIS.

Bon. A première vue, le pitch paraît pourtant d’une simplicité confondante. Le sempiternel héros, accompagné de ses amis et de son love-interest habituel. Ici, l’ennemi est le capitalisme. Du moins, c’est ce qu’on pense. Car la réussite de RPO, a contrario du livre dont il est inspiré, est de prendre ce phénomène nostalgique dont Hollywood est bien trop friand actuellement et d’en faire, à défaut d’une critique, un constat alarmiste. A ce titre, là où le livre est un enchaînement de name-drops des plus indigestes (au point que votre humble invitée n’a pas réussi à dépasser la demi-douzaine de chapitres), le film n’en conserve que les éléments et les références les plus importantes. Au risque parfois de les en ôter de leur sens. Mais Spielberg, dans sa grande intelligence, n’en fait pas le point d’orgue du film, n’insiste pas sur le nombre de références ; la qualité prime sur la quantité, et on évite du coup une overdose. Le monde de RPO, pourtant guidé par la nostalgie, fait finalement peu de choses de ses références dans la mesure où elles sont davantage ingérées qu’appréciées. Elles ne répondent qu’à la culture personnelle de James Halliday, mais ne semblent pas foncièrement aimées par les jeunes habitants de l’OASIS. Voir ces jeunes réciter des noms de jeu Atari de manière mécanique, sans comprendre l’attachement qu’Halliday a pour cet objets culturels a quelque chose de saisissant, de triste, même. Probablement parce que cela semble faire écho à la manière dont nous appréhendons les reliques du passé aujourd’hui : on en aime les apparences, on connaît tous ces films de nom, mais on en ignore l’essence.

C’est dans ce contexte que le personnage d’Art3mis s’illustre vite comme étant le plus intéressant du lot. D’abord fantasmée comme tout personnage féminin de blockbuster, elle prend vite les commandes et son intelligence ainsi que sa débrouillardise font d’elle un sidekickpresque plus efficace que le héros lui-même. Enfin, « presque ». Sans Art3mis, on peut se demander si Wade/Parzival aurait pu accomplir sa quête et surtout comprendre les réels enjeux de ce que cela implique pour le gagnant. Art3mis se retrouve alors propulsée dans la catégorie des love-interests parfaites. Elle éveille Wade à l’impact économique et social de la prise de contrôle de l’OASIS. Elle l’éveille à l’amour… mais forcément, à ne porter que des tenues moulantes, courtes ou très sexy, comment pouvait-il en être autrement ? Bref, malgré le « twist » de son apparence humaine que l’on découvre dans le troisième acte, Art3mis est un trophée parfait, un de plus, dans la quête de Wade qui le mène au-delà de l’OASIS. Elle est trop souvent réduite à être « canon » aux yeux du personnage principal (mais au moins elle fait fonctionner sa combinaison au niveau de son entrejambe, c’est bien non ?), alors que c’est elle qui devrait être le visage de la vraie lutte contre Nolan Sorrento, et la vraie héroïne du film, tant qu’à faire.

 

Et quitte à parler de femmes : quid de Aech ? Il est décrit comme un jeune homme blanc dans le livre et devient un orc dans la partie OASIS du film. Mais on découvre (sauf si vous aviez reconnu sa voix déformée) qu’il s’agit d’une femme noire, lesbienne, et jouée par l’excellenteLena Waithe. Soit l’équivalent de trois minorités (une femme, racisée, LGBT+) réunies en un seul personnage finalement peu développé là où sa présence et ses compétences sont pourtant indispensables. Helen/Aech amène en plus un vrai débat sur la nécessité de se forger sur Internet un alias plus « avenant » que ce que l’on est réellement, par peur d’être exclu.e.s à cause de nos multiples identités encore trop rejetées par la société actuelle. Celle où le modèle encore prédominant ressemble davantage à un Wade qu’à une Art3mis ou qu’à un.e Aech.

On insiste sur le traitement des femmes et des minorités dans RPO, pas pour jeter l’opprobre à un Spielberg plus impliqué dans la mise en scène – somptueuse, il faut l’admettre, et d’une grâce réjouissante, élégante dans ses scènes d’actions. Mais parce que le récit, écrit par le très inégal Zak Penn, réduit encore trop à de simples side-kicks tout ce qui n’est pas blanc et/ou masculin. Le salut du film vient trop souvent des personnages dont la reconnaissance est pourtant bien plus importante qu’on pourrait le croire. Le même constat s’appliquant d’ailleurs sans peine au camp ennemi. F’nale, ersatz de Luv dans le récent Blade Runner 2049, a bien du mal à exister à l’exception de prendre des ordres de la part de son boss.

Est-ce que cela nuit trop à la qualité de l’ensemble ? Non, et il faut reconnaître que RPO reste un divertissement de qualité, au propos joliment nuancé et loin d’être réactionnaire ou nostalgique. Spielberg a trouvé l’équilibre en se projetant dans deux personnages bien distincts : le jeune premier via lequel il semble redécouvrir le paradis de sa jeunesse culturelle, qu’il a contribué à forger, en même temps qu’il se glisse sans soucis dans la peau de James Halliday. Créateur autant que fan, il était le choix parfait pour réaliser le film. RPO est un exemple parfait d’une œuvre qui, loin d’être sans défauts, montre aussi que le divertissement actuel peut offrir un point de vue optimiste mais prudent et chaleureux sur les nouvelles technologies, en même temps qu’un oeil attendri et presque amusé sur la culture qui nous fait vibrer, encore aujourd’hui.

L’œuvre surprend et émeut par son humilité constante et sa mélancolie assumée, à laquelle le formidable Mark Rylance apporte son regard timide et introverti. Et s’il est loin de révolutionner le genre, notamment à cause de son récit et de ses problèmes de représentation, on ne doute pas que le film deviendra rapidement une pièce majeure de l’œuvre de Steven Spielberg.


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