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The Predator : A force de bosser dans la paperasserie...

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ReviewLe 17 Oct
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5 /10
On a aimé
• Les dialogues et les personnages de Shane Black en général
• De très bons acteurs
• Une esthétique nostalgique (souvent) efficace
• Le charme de l'ancien
On a moins aimé
• Un rythme et un montage catastrophique
• La thématique de l'enfant autiste à la fois prévisible et mal gérée
• Une fin (monstrueuse) imposée par la 20th Century Fox
• Troisième acte prévisible, sans surprises, automatique

Annoncé, attendu puis redouté, le Predator de Shane Black est enfin sorti en salles. Premier volet sérieux d'une saga qui aura pas mal pris l'eau depuis les années 1980 (ou 1990), le film est hélas à l'image de certaines relances de franchises cultes - prenez le cas d'autres réinterprétations de classiques avec le bon Schwarzie pour vous faire une idée. Plus réussi qu'un Terminator ou Total Recall, le métrage s'écrase cependant assez loin de sa zone d'atterrissage, et ne réussit toujours pas à redorer le blason d'une saga compliquée.

Le scénario du premier film Predator des frères Thomas ressemble pour beaucoup à ce qui a dû se passer au moment de concevoir le retour du chasseur alien, indissociable de la culture populaire et du cinéma de genre des années 1980. Une mission est commandée à un vétéran - efficace, expérimenté, ses chances de succès sont garanties. Le majeur Dutch, campé par Arnold Schwarzenegger, pensait s'engager pour un simple sauvetage lourdement armé. Arrivé sur place, il réalise qu'on lui a menti, que les intentions de ses commanditaires étaient de perpétrer un assassinat déloyal et un racket - et au moment où l'infâme CIA pense avoir obtenu ce qu'elle voulait de la troupe d'élite embauchée, ils se retrouvent confrontés à une furieuse vengeance, un bain de sang injuste où seul celui qui les avait envoyé méritait la sanction.
 
Dans ce cas de figure, Shane Black est Schwarzenegger, un outil, que l'on jette après usage. Et la CIA s'appelle 20th Century Fox, studio qui avait promis à un réalisateur la liberté de faire plus qu'un énième Predators ou un autre crossover foireux avec Alien, et qui se retrouve en définitive à imposer un massacre à des équipes compétentes - Larry Fong, Boyd Holbrook, Henry Jackman, et bien entendu Olivia Munn, captive du projet comme le personnage d'Elpidia Carillo dans le film de 1987, en (heureusement) plus valeureuse. 
 
The Predator était pour beaucoup l'espoir d'un traitement à la Iron Man 3 d'une icône de la culture populaire : le moment où un studio à l'aise dans une formule, dans un cinéma d'exploitation paresseux, allait laisser les coudées franches à un cinéaste qui, en dehors des licences, est capable d'un excellent travail. Malheureusement, ne reste sur la ligne d'arrivée qu'un goût d'amère déception, à la fois parce que le travail de Black est manifestement là (et pourrait même servir de bouclier critique pour les amoureux de son travail, en partie régalés) et parce que l'entente du montage, du rythme et d'un scénario aux prétextes flous ne place ce projet que sur la longue liste des reboots de licence fatiguées de ces dernières années. Allez, tous en piste, les clowns.
 

 
Dans un conflit où s'entrechoquent la vision classique du monstre et une contrepartie plus imposante, le sniper Quinn McKenna se retrouve pris entre deux feux. C'est dans une jungle sud-américaine, en hommage à McTiernan, que démarre le film. Les références au premier volet sont nombreuses : une scène de vaisseau dans l'espace en ouverture, des répliques issues du premier volet, le calage temporel qui valide l'idée de "suite inventive" et compte seulement Predator et Predator 2 comme passage canonique des aliens sur Terre.
 
Le gouvernement va rapidement enlever McKenna, seul témoin de l'arrivée du monstre - et comme ce-dernier n'est pas idiot, il subtilise une partie de l'équipement de la bête pour l'envoyer à son fils, aux Etats-Unis, afin de garder des preuves si les services secrets décidaient de le faire disparaître. Bien évidemment, le monstre va tenter de récupérer son matériel et le scénario aurait probablement été plus efficace si le film n'avait été qu'une simple mission de sauvetage (une autre) du petit McKenna - il se trouve que les rebondissements seront nombreux au fil de l'intrigue.
 
Sur le premier film, Shane Black, scénariste, était au sommet de sa gloire, et la production ne l'avait embauché au casting que dans l'espoir d'avoir un scénariste de complément, pour ajouter de bonnes idées à l'écriture. Il se trouvera que la contribution du bonhomme se limitera à un rôle d'acteur, puisque Black n'a jamais rien eu à redire sur le script des frères Thomas : il l'aimait à l'époque et l'aime encore aujourd'hui. C'est en s'en inspirant qu'il pose les premiers pas de son film, en composant son équipe de militaires - comme dans le premier - avant d'insuffler ses propres thématiques : le héros est père, comme Gosling dans The Nice Guys ou Willis dans Le Dernier Samaritain, ses acolytes sont fous ou maladroits et ne s'arrêtent jamais de parler ou de blaguer comme des enfants dans une cour d'école. McKenna trouve ses camarades dans un bus en route pour l'asile, où on avait prévu de le lobotomiser.
 

 
Les trente premières minutes du film s'enchaînent vite et s'enchaînent bien : on retrouve l'énergie des dialogues de Black, l'authenticité de ses personnages et son goût pour les figures fortes. On remarque cependant des détails qui gênent : les scènes au pays, où l'on voit l'enfant du héros découvrir le casque du Predator ou aller à l'école, sont étrangement lentes, éclairées différemment, comme si elles sortaient d'un tout autre film. Les personnages du bus sont cependant immédiatement attachants, de même qu'Olivia Munn et Sterling K. Brown, on imagine vite une excellente ambiance dans l'équipe et des acteurs à qui on a laissé la liberté de se fréquenter pour s'accorder de leur proximité. Tout du moins, à une polémique pédophile près.
 
L'éclairage de Larry Fong est aussi très réussi, les musiques portent une ambiance efficace et on s'amuse à retrouver certaines gueules cassées du cinéma de genre en arrière-plan de certaines scènes. L'envie de densifier le mythos du Predator est aussi manifeste, avec la première ébauche d'explication scientifique sur le concept du personnage, son évolution, ses motivations. Black s'amuse à rebondir sur certaines idées d'antan : pourquoi arracher la colonne vertébrale ? Est-ce que le Predator original comprenait le langage humain, lorsqu'il enregistrait les blagues de Hawkins ou le rire de Billy ? Et partant de là, serait-il capable de communiquer dans notre langue ?
 
S'opère alors une sorte de glissement sémantique, quand le film commence à ressembler à un Amblin mâtiné de Monster Squad, et puis ensuite à n'importe quel film d'invasion alien. En cherchant justement à mettre des mots sur le Predator, Black - pas forcément un amoureux de l'horreur au demeurant - fait ce que d'autres ont fait sur la saga Alien : il désacralise. Entendre le Predator parler en langue humaine, et faire de l'esprit par dessus le marché, comprendre que cet antagoniste déjà monstrueusement fort comprend une version supérieure et ses propres chiens de guerre, emprunter à d'autres films le traitement d'un twist prévisible et malheureux autour du fils McKenna, on ne reconnaît plus cette saga qui arrivait avec tant de justesse à mélanger les genres avec harmonie. 
 

 
C'est principalement du côté du montage (assuré par deux personnes - un pour le réal' et un pour le studio ?) que le constat est terrible. Au moment où le sniper rentre au pays pour tenter de trouver son fils, on se retrouve face à une scène de combat au flingue opposant les soldats aux Predachiens. Eux, statiques, ne font qu'aboyer, ils ne courent pas, ne mordent pas, ne représentent pas de réelle menace, dans une scène montée comme une fusillade de guerilla urbaine frénétique où on ne comprend pas la géométrie des plans. Les ellipses fusent tout le long du parcours, les explications sont données aux mauvais endroits, la rapidité de mouvement ou de décision pêche par excès de confiance et on arrive à trouver le temps long dans ce qui se présentait au départ comme un joyeux rollercoaster viril (et un peu comique, en vérité). Quant au Predachien lui-même, l'intention devient de plus en plus absurde au fil du métrage.
 
Le troisième acte est alors un déroulé finalement assez conventionnel de film d'alien, où la Fox n'a pas eu la rédemption du personnage de Carl Weathers : les dernières minutes sont une odieuse trahison de l'esprit général du film, tournées (manifestement) en reshoots dans des couleurs ternes, aucun dialogue efficace et une ouverture risible sur la suite qui rappelle Pacific Rim : Uprising. En résumé, l'équivalent de la fin d'Alien vs Predator : Requiem, ce que le public prendra peut-être comme un indicateur du destin de cette nouvelle saga entamée par le film de Black. Cette fin rajoutée est le stigmate d'un désaccord plus profond sur ce que chacun attendait de toute l'opération.
 
Dans ce grand brouhaha chaotique où se glissent toute une série de fautes de rythme, on aimerait jouer le jeu du "attendons la director's cut", comme s'il était devenu une habitude d'assister aux versions les moins bonnes des films - celles des studios - dans les salles obscures en attendant la version que souhaitait le réalisateur en vidéo. Et sans relancer cette blague (devenue redondante au fil des ans), impossible de se dire devant le montage de ce Predator qu'une partie du travail de Shane Black n'a pas été sapée, au mieux. L'aisance avec laquelle le cinéaste arrivait à donner une cohérence aux scénarios riches en détails et en personnages de Kiss Kiss Bang Bang ou de The Nice Guys ne se retrouve pas du tout ici, dans un film qui enchaîne les fautes de raccord ou (et c'est grave) les lenteurs éventuelles. De même qu'il serait difficile de prêter une confiance aveugle au co-scénariste Fred Dekker, certes un ami de Black mais aussi le réalisateur et co-auteur de Robocop 3.
 
 
 
Maintenant, dans le monde des blockbusters de commande moderne, The Predator est hélas un produit assez normal. Meilleur que Venom, avec des personnages plus entiers que ceux de Jurassic World 2, il a pour lui la couche de qualité et de personnalité supérieure d'un Shane Black pour l'écriture et les personnages. A ce titre, si vous faites partie des fans de l'échange de vannes perpétuel qu'était Le Dernier Samaritain, de la relation Riggs et Murtaugh (en beaucoup plus étouffée) ou de tout cet esprit du cinéma des années 1980, The Predator apparaît comme un trip nostalgique de dialogues et de gueules cassées plutôt honnête, proportionnellement à ce qu'on attend des films à gros budget aujourd'hui. Des scènes comme celles de la chambre d'hôtel font partie de ces moments réellement réussis.
 
On se surprend à rire devant des répliques balancées au hasard, sur Forrest Gump, sur le fait de comparer la bagarre à une danse, ou dans ce moment énergique où le savoureux Sterling K. Brown balance un "fuck yeah" quand il explique qu'il a décidé d'appeler l'alien le Predator, justement. Un esprit que certains ont comparé à l'Agence Tous Risques, pour le côté hasardeux de personnages à la Looping comme celui de Thomas Jane ou Keegan-Michael Kay. De la même manière que si on a pu se poser des questions sur la censure, la moralité ou la manière généralement assez navrante dont Venom refusait d'assumer sa violence graphique, ce Predator est de son côté très violent, très sanglant et sans concessions de ce point de vue.
 
Bien entendu, tout ça ne compense pas une expérience en partie gâchée par des choix de productions et d'écriture qui effacent au fur et à mesure toutes les qualités esthétiques, rythmiques ou humaines du projet. Mais, le monde polarisant des critiques range parfois trop vite certains films dans les deux seules catégories, bon ou mauvais, à leur disposition - et le problème de The Predator, c'est que par delà ces deux critères il forme surtout un réel gâchis. Pour ce que le film aurait pu être, pour ce qu'il n'a pas été, pour ce qu'on l'a sans doute obligé à devenir, et pour la carrière de Shane Black à l'avenir. Puisqu'il n'a d'une part pas su prouver qu'il pouvait résister aux ingérences de productions, et parce que l'aspect poussiéreux de cette licence risque d'enterrer le film dès lors qu'un mauvais bouche à oreilles sera enclenché. Pourtant, l'effet boule de neige qui va tirer la bête vers le bas sur les agrégateurs de critiques paraît déjà disproportionné : encore une fois, si vous aimez le travail de dialoguiste, vous serez (en partie) régalés. 
 
 
 
Au moment de sortir de la salle de montage, Shane Black se sera probablement tourné vers le producteur avant de le plaquer contre un mur, avant de lâcher "Tu nous as expédiés tous les six au massacre avec un roman à la con. J'vois que t'as bien changé, Dillon. Jusqu'ici moi j'avais confiance en toi". Ce-dernier lui aura alors expliqué que tout ça, c'est du business. Que le type qui a réalisé Predators (Hopper ?) avait des idées lui aussi. Le problème de tout ce joli feuilleton est que l'on ne saura jamais réellement qui porte la responsabilité de l'échec, si Black était réellement capable de rééditer le succès d'Iron Man 3, ni si le public n'avait pas des attentes trop élevées. A plus forte raison dans le cas de sagas aussi prégnantes dans l'imaginaire collectif - comme Robocop ou Terminator, peut-être serait-il plus intelligent de laisser ces vieux souvenirs d'autrefois dormir sereinement dans leur coffret VHS, avant que le Predator ne se paye son propre Prometheus. Sur la ligne d'arrivée, ce-dernier a droit à une moitié de bon film, autrement dit, pas vraiment une gueule de porte-bonheur.

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