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Game of Thrones Saison 8 : Un troisième épisode tendu et sanglant

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ReviewLe 29 Avr
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6 /10
On a aimé
• Une réalisation de main de maître
• La bande sonore, brillante
• Des chorégraphies et des effets spéciaux dignes du cinéma
• Une tension exaltante
• Le Night King sous les projecteurs
• L'alchimie entre plusieurs duos de personnages
On a moins aimé
• Un Jon Snow et une Daenerys effacés, hébétés
• Une conclusion qui va diviser
• Un affrontement final trop court
• La tension qui ne prend plus à certains moments

Qu’il ait été redouté ou attendu avec impatience, l’épisode 3 de cette saison 8 de Game of Thrones marque un tournant majeur pour la série. S’il est réalisé d’une main de maître et s’inscrit déjà comme un épisode culte, il laissera très probablement un goût amer à nombre de ses spectateurs.

 

Attention, cette critique est sombre et pleine de spoilers.

Dans le cœur de la nuit, l’angoisse et la tension montent tandis que les soldats forment les rangs, que les archers se postent sur les remparts et que les derniers retardataires trouvent refuge dans les cryptes de Winterfell. L’enjeu est de taille : la venue du soleil marquera soit l’avènement des morts, soit la victoire des vivants. Dans le monde brutal et cruel qu’est Westeros, personne n’est à l’abri ; cela, les sept saisons précédentes l’ont rappelé à grands coups d’exécutions publiques, de noces pourpres, de trahisons et de batailles. Les fans angoissaient donc de savoir qui des nombreux personnages réunis pour cette bataille contre le Roi de la Nuit verraient le jour se lever. Après deux premiers épisodes de build-up (et plus de sept saisons, en soi), les spectateurs sont en droit de s’attendre à quelque chose d’aussi visuellement impressionnant qu’émotionnellement saisissant et scénaristiquement surprenant, non ?

Une réalisation soignée et généreuse

Déjà réalisateur d’épisodes culte dès le jour de leur sortie, comme Hardhome (saison 5, épisode 8), Battle of the Bastards (saison 6, épisode 9) et The Winds of Winter (Saison 6, épisode 10), Miguel Sapochnik confirme son statut de valeur sûre en matière de réalisation en livrant un épisode soigné et généreux, bien que moins constant dans sa qualité que ses prédécesseurs.

Problème majeur de cette bataille d’envergure, son cadre nocturne donne la furieuse envie de matraquer le bouton de luminosité de son écran. On remerciera l’intervention des dragons ou encore de la prêtresse rouge, qui ont le bon goût d’apporter un peu de lumière dans ces ténèbres. En dépit de cela, la réalisation de Sapochnik brille en particulier par les chorégraphies de bataille, bien que parfois confuses et brouillonnes, appuyées par ces fameux travellings et plans-séquence qui mettaient si bien en exergue le chaos du champ de bataille dans Hardhome et Battle of the Bastards.

 

Cet épisode marque les esprits par ses nombreux plans mémorables. Drogon et Rhaegal nimbés de lumière lunaire dans le ciel nocturne ; le regard que s’échangent Tyrion et Sansa ; le Roi de la Nuit, sous le feu des projecteurs. Des visuels aussi marquants que magnifiques, sublimés par les compositions de Ramin Djawadi, dont les notes de piano résonnent dans Winterfell comme le glas des Hommes et contribuent efficacement à nourrir l’angoisse croissante que l’épisode veut faire vivre à ses spectateurs. Comme la série a su le faire tout au long de ses huit saisons, cet épisode 3 jongle entre les genres et s’offre, en plus d’une bataille de grande envergure, quelques scènes d’horreur finement dosées, avec une Arya (campée avec brio par Maisie Williams) terrifiée face à ce nouveau visage de la mort qu’elle découvre en dépit de sa longue expérience de tueuse.

Une bataille de glace et de feu

Si certaines idées stratégiques déployées par les dirigeants des vivants paraissent saugrenues, comme la charge inutile et sacrificielle des Dothraki, cette bataille retranscrit avec succès le caractère impossible de la lutte contre la force immuable et d’apparence invincible qu’est la mort, incarnée ici par le Roi de la Nuit et ses légions de soldats squelettiques et décharnés. Dès le départ, et malgré les artifices occultes d’une Mélisandre sortie d’on ne sait où, la bataille semble perdue d’avance et les mines des combattants se font très rapidement de plus en plus déconfites.

La glace et le feu s’affrontent au même titre que la mort et la vie dans ce combat à la thématique on ne peut plus explicite qui parviendra à faire trembler la plupart des fans pour leurs personnages préférés. Nombreuses sont les occasions où le spectateur s’agrippe à son siège et serre les dents, espérant que Ser Jorah, Ser Brienne ou encore ce cher Podrick échapperont aux innombrables lames qui fondent vers eux. Mais à mesure que l’épisode avance, ces moments culminants d’angoisse s’accumulent au point, parfois, de se désamorcer eux-même, chaque personnage majeur échappant sans relâche à la menace pourtant croissante.

Malgré cela, tous les personnages ont l’occasion de briller au fil de cette longue nuit de bataille. Lyanna Mormont se confirme comme cette jeune meneuse badass capable à elle seule d’abattre un géant. L’alchimie de Brienne et de Jaime au combat n’a d’équivalent que la tendre maladresse de leurs conversations. Sam, quant à lui, fait preuve d’une bravoure qui a toujours sommeillé en lui tandis que de nombreux autres personnages, comme Ver Gris et Mélisandre se jettent corps et âme dans cette lutte désespérée.

« You’re a good man. »

Après un combat aérien de toute beauté, le Roi de la Nuit pose enfin un pied sur le sol où il est cueilli par un torrent de feu craché par Drogon, accompagné de l’indémodable « Dracarys » de Daenerys. Surprise générale (quoi que présagée par un dialogue avec Bran dans l’épisode 2), le Roi de la Nuit sort indemne de cette épreuve. C’est à ce moment précis que l’antagoniste surnaturel de Game of Thrones fait peser tout le poids de la menace qu’il incarne face à une Daenerys et à un Jon Snow hébétés. C’est lorsque le rideau de flamme se dissipe pour laisser apparaître un Night King affichant un sourire terrifiant que la bataille semble perdue pour de bon. L’antagoniste jusqu’alors impassible et mécanique témoigne pour la première fois d’une émotion bien humaine : la satisfaction d’une victoire. Une vision saisissante d’effet.

 

Cette scène marque le passage vers le segment de l’épisode le plus réussi qui ne sera pas sans rappeler la scène de début de l’épisode The Winds of Winter de la saison 6, lorsque les plans de Cersei se mettaient en œuvre pour la destruction de ses ennemis. Ici, la mort se répand dans et sous Winterfell, où personne ne semble plus à l’abri tandis que la composition mélancolique de Ramin Djawadi semble guider tranquillement les spectateurs vers l’acceptation : personne ne survivra à cette bataille.

C’est lors de ce segment que se produisent deux des plus belles scènes de cet épisode et peut-être même de cette saison. La première concerne un des couples favoris des fans dans la course au trône : un moment de tendresse complice et résolue entre Tyrion et Sansa dans la crypte du château alors que les cadavres des ancêtres de la famille Stark répandent la mort parmi les réfugiés. Un moment qui laisse présager un potentiel avenir pour ce couple, qu’il soit sentimental, politique, ou les deux.

La seconde scène la plus forte sur le plan émotionnel a lieu dans le Bois des Dieux lorsque, cerné de toutes parts, Bran scelle la rédemption de Theon Greyjoy en lui adressant les mots libérateurs : « You’re a good man. Thank you. ». Une ultime déclaration qui apporte une conclusion à son arc narratif comme à son existence, puisque Theon peut désormais se sacrifier en paix, pardonné pour ses erreurs et reconnus par sa famille. Cette déclaration résonne aussi dans les larmes versées par Daenerys lorsque Jorah Mormont expire son dernier souffle, après s’être sacrifiée pour sauver sa « Khaleesi ». Par ces mots, Bran véhicule l’idée de fond qui sert de socle à la plupart des personnages « principaux » de la saga du Trône de Fer. Peu importe à quel point un individu peut être brisé, marginal ou sous-estimé, peu importe ses actions et erreurs passées : n’importe qui peut se racheter, n’importe qui peut briller, même (et en particulier) lors des heures les plus sombres.

Mélisandre, ce troll des internets

Malheureusement, cet épisode 3 est loin d’être exempt de défauts, bien au contraire. On déplorera un Ghost à peine présent, des absurdités stratégiques comme la charge des Dothraki et l’inefficacité des chevaucheurs de dragons, Jon et Dany. L’un des points les plus décevants réside d’ailleurs en Jon Snow, qui semble complètement dépassé et hébété tout au long de l’épisode. Exit le meneur charismatique, empathique et aguerri des saisons 5 et 6. Alors qu’on l’aurait aisément imaginé combattant aux côtés de son loup et de tous ceux qui lui ont prêté allégeance, il passe la plupart de son temps dans un ballet aérien inutile, certes visuellement impressionnant, mais qui frôle à plusieurs reprise le grotesque (tout comme sa partie de cache-cache avec le Viseryon zombifié). Il n’y a pas à dire, tout Targaryen qu’il soit, sa présence à dos de dragon ne prend pas et on se surprend même à trouver exagérée, voire ridicule, sa soudaine capacité à diriger parfaitement un dragon.

 

La tension atteint son paroxysme lorsque vient enfin le moment de la confrontation entre le Roi de la Nuit et Bran, aka la Corneille-aux-Trois-Yeux. Après sept saisons et demie de build-up, le spectateur est en droit de s’attendre à quelques explications, ou tout du moins à quelques surprises. C’est alors qu’Arya parvient, par un miracle inexpliqué, à échapper à la vigilance d’une dizaine de Marcheurs Blancs et à quelques centaines de zombies pour se jeter sur le Roi de la Nuit, qu’elle tue d’un coup de dague, lequel met à mal l’intégralité de l’armée des morts.

Incroyable, ce n’est donc ni Daenerys, ni Jon Snow, mais Arya Stark qui aura eu raison de la plus grande menace que Westeros ait jamais connu ! Voilà, au moins, quelque chose de surprenant dans cet épisode, n’est-ce pas ? Oui, mais non. C’était sans compter sur Mélisandre qui, une demi-heure plus tôt, spoile le dénouement de l’épisode aux spectateurs même les moins attentifs, comme le ferait le pire troll d’internet, en rappelant à Arya la prédiction qu’elle lui avait énoncé des années auparavant : « tu fermeras de nombreux yeux. Des bruns, des verts… et des bleus ». 

Surprise ! (lol)

Exit la prophétie du prince promis et les innombrables théories de destin, de feu, de glace, de sang de Targaryen, d’héritage et d’autres joyeusetés qui faisaient vibrer la communauté de fans de Game of Thrones. Plusieurs choses clochent avec cette fin d’épisode. La première c’est l’aspect finalement creux de la dimension incoercible du roi de la nuit et de son armée des morts : peu nombreux sont les personnages d’envergures a être tombés sous les coups de cette pourtant si grande menace. On en arrive presque à regretter que cette bataille n’ait pas fait davantage de victimes dans le camp des héros, ce qui n’est pas peu dire lorsqu’on parle de Game of Thrones. Il y a fort à parier que certains ont survécu pour mieux mourir lors de la guerre à venir contre Cersei Lannister.

La mort du Roi de la Nuit est quant à elle un problème à plusieurs facettes. Présenté comme la menace ultime, cet antagoniste se fait trop facilement avoir. On regrette par exemple qu’il n’y ait pas eu d’affrontement à proprement parler, durant lequel nous aurions pu découvrir les compétences martiales de l’antagoniste aux yeux bleus et qui aurait pu faire office de point d’orgue de la bataille. À cette déception s’ajoutent quelques questionnements. Comment Arya a-t-elle pu échapper à la vigilance des autres Marcheurs Blancs et des morts-vivants qui occupaient par centaines le Bois-des-Dieux ? Comment ce grand ennemi des humains, vieux de milliers d’années, a-t-il pu se laisser berner par le tour de passe-passe grossier d’Arya ?

Le rôle de la jeune Stark dans la chute du Night King plaira sûrement autant qu’il déplaira, mais force est de constater qu’il désamorce la tension qui s’était bâtie au fil des saisons entre l’antagoniste de glace et celui qu’on estimait être son némésis, l’homme destiné à l’arrêter : Jon Snow. Le rapport de ce dernier à la menace venue du nord s’établit dès la première saison pour se construire et s’amplifier à chaque nouvelle péripétie du héros que beaucoup estimaient être la réincarnation du Prince qui fut promis. Cette progression régulière a pour effet de nourrir les enjeux de la lutte que mène l’ex-Commandant de la Garde de Nuit. 

À l’inverse, l’arc narratif d’Arya ne converge vers celui du Night King et de la Grande Guerre que lors des deux dernières saisons. En faisant de la jeune Stark celle qui met un terme aux plans du grand méchant (quand bien même ils ne sont scénaristiquement que très peu liés), Game of Thrones déconstruit le schéma (stéréotypé, peut-être) du héros élu devant vaincre la menace ennemie. Hélas, ce faisant, il dépouille aussi cet affrontement final de la mythologie et de la symbolique que la série s'était pourtant échiné à mettre en place et à alimenter jusqu’ici (Azor Ahai, l’opposition du feu et de la glace) et qui faisaient de Dany ou de Jon les dépositaires, certes prévisibles mais thématiquement parfaits, de cette destinée.

 

Pourtant, et en dépit de cette volonté de déconstruction, c’est bel et bien le destin et d’occultes forces supérieures qui sont responsables de cette victoire : la survie d’Arya est due au sacrifice de Béric Dondarrion, lui-même ressuscité six fois dans ce simple but. Quant à la lame qui lui a permis de porter le coup fatal, son cheminement au fil des saisons semble lui aussi avoir été influencé par le destin. Un schéma déconstruit qui ne l’est pas tant que ça finalement, et une surprise en demi-teinte qui, pour certains, fera malheureusement tomber à plat les enjeux de la lutte contre le Night King. Enjeux aussi rapidement résolus qu’ils ne sont balayés, puisque les protagonistes se tournent désormais vers Port-Réal, le Trône de Fer et une nouvelle guerre, qui pourrait bien faire pâle figure face à celle dont l’issue aurait pu signer la fin de l’humanité.

La nuit fut longue pour les protagonistes de Game of Thrones, durant cet épisode 3 intitulé « The Long Night ». Grâce à une réalisation maîtrisée, Miguel Sapochnik parvient à mettre en place et à alimenter une tension exaltante, presque paralysante, tout au long de la bataille qui oppose les morts aux vivants. Jouissant de scènes mémorables et d’une bande sonore brillante, cet épisode demeure cependant inégal dans sa qualité et dans l’écriture de certains de ses personnages pourtant clés. Par ailleurs, sa richesse tant visuelle qu’émotionnelle risque, pour quelques spectateurs, d’être atténuée par des tournures scénaristiques qui ne feront probablement pas l’unanimité. Les enjeux de la dernière guerre pour le Trône de Fer seront-ils à la hauteur de ceux de la Grande Guerre pour la vie ? Réponse la semaine prochaine.


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