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The Witcher, le pari réussi de Netflix

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ReviewLe 21 Dec
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8 /10
On a aimé
• Henry Cavill campe un excellent Geralt de Riv
• La prestation du casting est globalement satisfaisante.
• L'identité de l’œuvre originale est là.
• La diversité des histoires racontées dans cette première saison.
• Une construction narrative originale...
On a moins aimé
• ... mais qui peut décourager certains spectateurs.
• L'inégalité de la qualité de certains décors et costumes.
• Un montage parfois chaotique.

Il a les cheveux blancs, un regard perçant et deux longues épées sanglées dans le dos ; l’une en acier pour les hommes, l’autre en argent pour les monstres. Déjà célèbre dans les mondes de la littérature et du jeu vidéo, le sorceleur Geralt de Riv débarque pour la première fois sur petit écran dans le monde entier. Parviendra-t-il à s’y faire une place de choix ?


Cette critique est garantie sans spoilers !

The Witcher dépaint l’histoire et les aventures de Geralt de Riv, membre d’une caste marginale de chasseurs de monstres, dont les capacités surhumaines sont le résultat de mutations et d’un entraînement mortellement difficile. La saga originale, ainsi que les jeux vidéo et maintenant la série, content comment cet individu tente de survivre et de trouver sa place sur le Continent, où hommes, elfes et monstres cohabitent dans la violence et où rois, reines et sorciers manigancent pour le pouvoir.

Pour Netflix, le défi était grand ; il l’est toujours quand il s’agit d’adapter une œuvre aimée par une communauté protectrice et exigeante, mais la plateforme de streaming américaine l’a relevé, avec pour ambition de faire de The Witcher sa figure de proue en matière de série de fantaisie à grand budget, dans la lignée de ce qu’a été Game of Thrones. Mais la comparaison s’arrête là car, si l’engouement nouveau des producteurs pour le genre de la fantaisie doit beaucoup au succès, cette dernière décennie, du bébé de HBO, The Witcher n’a ni pour vocation d’être un ersatz de ce dernier, ni même de jouer dans sa cour. En cela, la showrunner Lauren Schmidt Hirssrich semble avoir parfaitement saisi l’essence de l’œuvre originale, à savoir sa dimension profondément intime, humaine et étrange.

La Loi de la Surprise

Pour sa première saison, la série The Witcher jouit d’une construction narrative très particulière, déconstruite, puisque, en plus d’être en fait l’adaptation d’une succession de nouvelles (celles qui forment le premier des romans de la saga), elle les présente, à l’instar du livre original, dans un véritable désordre chronologique. Si cette approche est bienvenue à la fois pour son originalité (vis-à-vis d’autres séries) et pour sa fidélité envers l’œuvre de Andrzej Sapkowski, elle peut rapidement rendre confus le spectateur non averti et, par extension, le faire fuir. En effet, il se produit parfois un bond de plusieurs dizaines d’années entre certains épisodes, lesquels contiennent, en leur propre sein, des événements décalés dans le temps. Ainsi, on pourra voir dans un même épisode les aventures de Geralt à un moment donné, entrecoupées ça-et-là des aventures de Ciri qui se passent en réalité bien des années après.

 

Mais une fois ce détail technique assimilé, que vaut vraiment l’adaptation de Netflix ? Son casting, tout d’abord, est d’une qualité surprenante. Henry Cavill campe un Geralt de Riv quasiment parfait, et livre une prestation qui transpire la passion de l’acteur pour l’œuvre originale et le personnage incarné. On ne se lasse pas de ses grognements laconiques, lâchés à tour de bras, ni de sa voix profonde et gutturale qui contribue beaucoup au charisme du personnages. Par ailleurs, l’acteur fait montre d’un riche éventail d’expressions faciales, tantôt sinistres, tantôt amusées, qui retranscrivent bien la profondeur et la complexité de Geralt de Riv, ce personnage tourmenté qui n’est ni un chevalier vertueux, ni le monstre dénué d’émotion qu’on le pense être. Un homme tant capable d’être en colère que de rire de sa propre misère, en somme. Le spectateur tatillon relèvera peut-être, ça-et-là, quelques moments de surjeu, en particulier vis-à-vis du côté taciturne et patibulaire du sorceleur, que Cavill accentue parfois en crispant excessivement sa mâchoire. Cela dit, l’acteur britannique nous apparaît désormais comme une parfaite évidence, et il devient très rapidement difficile d’imaginer qui que ce soit d’autre dans la peau du chasseur de monstre. 

Le reste du casting n’est pas en reste. Anya Chalotra incarne une Yennefer plus que jamais déterminée et les premières inquiétudes – quant à son jeune âge et à son éventuel manque de charisme pour porter un tel rôle sur ses épaules – sont très vite balayées, dès les premiers épisodes, par son excellente prestation. Il en va de même pour la jeune Freya Allan qui livre une Ciri satisfaisante, mais qui n’a pas encore vraiment eu, dans cette première saison, l’occasion de briller. Sont aussi à saluer les jeux de Björn Hlynur Haraldsson (Eist Tuirseach), qu’on regrette de ne voir un peu plus à l’écran, de Jodhi May qui incarne avec prestance la reine Calanthe de Cintra et de Joey Batey qui nous livre avec brio ce fameux Jaskier, prestigieux barde de son état, aussi irritant qu’attachant.

Une lame à double tranchant

Très bon départ pour The Witcher, donc, mais la série est loin d’être exempte de défauts. Ses décors, pour la plupart très soignés et immersifs, surprennent parfois par leur caractère immaculé, trop propre, qui jure ainsi avec la dimension graveleuse de l’univers dépeint. En effet, certaines bourgades ont davantage l’allure d’un décor de tournage que d’un véritable lieu de vie issu d’un monde médiéval sombre et violent. La représentation relativement hâtive, presque anecdotique des habitantes sylvestres de Brokilone, est également quelque peu décevante et peut laisser dubitatifs les spectateurs profanes. Par ailleurs, si les effets spéciaux sont globalement satisfaisants, ils peuvent encore être améliorés (notamment en ce qui concerne les sortilèges) et on espère que le succès de la série incitera les producteurs à débloquer un peu plus de moyen pour la post-production. Ici encore, les plus pointilleux remarqueront quelques erreurs d’étalonnage, notamment lors des scènes de combats, où certains plans semblent avoir atteint l’épisode final sans subir le même traitement colorimétrique que les autres. Ces mêmes scènes de combat, en revanche, jouissent de chorégraphies soignées, lesquelles retranscrivent très bien la redoutable agilité de Geralt de Riv ainsi que la violence crue qui faisait le sel de la saga originale.

 

C’est du côté des costumes que la série se montre la plus irrégulière. Les tenues de Geralt, de Yennefer et de la plupart des personnages de Cintra sont au mieux excellentes, au pire correctes. En revanche, les armures de Nilfgaardiens sont complètement ratées et parviennent à rendre absolument ridicule l’une des principales forces antagonistes de l’histoire, censée apparaître au spectateur comme une marée noire, terrifiante et incoercible. Ne mâchons pas nos mots, elles semblent avoir été fabriquées avec les moyens matériaux et financiers d’un atelier créatif d’école primaire et confèrent à la série un certain côté cheap.

Enfin, Sonya Belousova et Giona Ostinelli sont parvenues à composer une bande sonore mémorable, sensiblement similaire par certaines sonorités à ce qu’avait produit Marcin Przybyłowicz pour les jeux. Un ensemble musical qui soutient plutôt bien l’ambiance pesante et atypique de la série tout en se permettant quelques chansons, dont certaines chantées par Jaskier lui-même.

Le moindre mal

En plus d’être une œuvre de fantaisie médiévale sombre et épique, The Witcher est avant tout un questionnement sur les notions de bien et de mal, d’humanité et de monstruosité, de destin et de hasard. C’est un récit qui, par le biais d’un éventail de personnages complexes et profondément imparfaits, aspire à révéler les aspérités de la société humaine, des conséquences qu’elle engendre sur le monde qu’elle investit, des dégâts qu’elle cause mais aussi des avantages qu’elle présente, de problématiques qui lui sont intrinsèquement liées comme le racisme et les injustices sociales. Par son univers étrange et atypique, sombre et brutal, la saga du sorceleur est une histoire intime, celle d’une famille improbable qui, contre vents et marées, lutte pour sa survie. La première saison de la série réalisée par Netflix effleure plus ou moins l’ensemble de ces thèmes, et les arrose d’une juste dose d’exposition. Elle pose le socle prometteur pour une longue suite pleine de potentiel et il ne reste plus qu’à espérer que cette histoire se laissera le temps d’être racontée en bonne et due forme dans les années à venir.

Départ très satisfaisant pour le Witcher de Netflix, mais loin d’être exempt de défauts. Par sa construction narrative atypique, la série prend le risque de faire fuir les profanes et les impatients, mais assume aussi son identité originale, intime et étrange et en cela marque un point dans le monde en effervescence des séries télévisées de fantaisie. Il reste à espérer que les prochaines saisons, appuyée par leur casting qualitatif, sauront remplir tous les critères d’une saga épique tout en développant les thèmes qui font le sel de l’œuvre originale.


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