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Dossier Fantasy Historique - Pourquoi fantasy et Histoire s'entendent-elles si bien ?

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DossierLe 13 Mar
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Le constat a évidemment de quoi surprendre.

La fantasy est sans doute, de tous les genres des littératures de l’imaginaire, celui qui offre « instinctivement » le moins de passerelles avec le monde réel. Pourtant, depuis de nombreuses années, par le biais d’auteur(rice)s de différentes cultures et générations, elle ne cesse d’offrir aux lecteurs des textes variés et de grande qualité en relation directe avec la grande Histoire…

Attardons-nous donc sur quelques-unes de ces pépites et, bien modestement, sur ce qu’elles ont pu apporter au genre.

 

DISCLAIMER : Ce dossier a été rédigé par Silfin !

1. | Les influences mythologiques et antiques.

Chapitre I | Les influences mythologiques et antiques.

L’Illiade ou l’Odyssée pourraient être « techniquement » considérés comme les tous premiers récits de fantasy (tout comme les épopées de Gilgamesh…). Les interventions divines directes ou indirectes y sont légion sans parler des créatures… eh bien disons… mythiques.

Il est donc inéluctable que certains auteurs de fantasy revoient tout cela « à leur sauce ». Pour n’en citer que quelques-uns, c’est le cas évidemment du génial David Gemmell, à qui l’on doit notamment le cycle de Troie (Bragelonne), mais aussi celui du Lion de Macédoine (Mnémos) qui s’inspire de l’histoire de Philippe et d’Alexandre de Macédoine. Entre les deux, Paul Kearney et ses 10 000 – Au cœur de l’empire (Livre de Poche) nous propose une palpitante réécriture de l’Anabase de Xénophon (Les belles lettres), où 10 000 Grecs sont perdus en terres perses et ne doivent leur survie qu’à leur seule détermination. 


Dans le même esprit mais avec une bonne dose d’uchronie, comment ne pas citer le travail original de Javier Negrete avec son Alexandre le Grand et les aigles de Rome (L’Atalante) qui imagine la confrontation d’Alexandre le Grand et de Jules César !

Plus que le fait de pouvoir s’appuyer sur un contexte géopolitique réaliste ou un héritage historique déjà connu du lecteur, il semble que les auteurs aient choisi de s’inspirer des mythes et de l’Antiquité pour renforcer l’aspect épique de leur travail. Les héros de ces périodes sont déjà plus grands que nature et sont par ailleurs souvent confrontés à des périls extraordinaires en grande partie parce que les interventions divines (mais aussi les incarnations divines !) relèvent presque du quotidien.

Dans une optique plus fantasy qu’historique, la toute récente Croisade éternelle (Bragelonne) de Victor Fleury tire ses références d’un cadre souvent plus méconnu : la civilisation mésopotamienne, tout comme le merveilleux Qushmarrah (L’Atalante) de Glenn Cook s’inspire majoritairement des guerres puniques.


A l’inverse des travaux précédents, il s’agit sans doute d’une volonté des auteurs de rechercher des contextes historiques solides et vraisemblables (car fortement inspirés du réel et renvoyant à certaines références déjà connues par le lectorat – même inconsciemment) mais restant également assez flous pour ne pas contraindre ou limiter les développements imaginaires.

Enfin, à un autre bout de l’Europe, les mythologies scandinaves et celtes ont, elles aussi, inspirées leur lot d’œuvres de fantasy. Parmi la très foisonnante production concernée, citons la réécriture récente de La Mythologie viking par Neil Gaiman (Le diable Vauvert) mais aussi plusieurs romans d’auteurs français comme Fabrice Colin et son Winterheim (Pygmalion & J’ai Lu). Les mythes celtes ont quant à eux notamment inspirés Michael Moorcock et sa deuxième trilogie de Corum (L’Atalante).Comme pour les auteurs s’étant inspirés de la mythologie grecque, un contexte et des entités divines amplifieront de facto la dimension épique de l’oeuvre. Par ailleurs, il faut noter que l’ensemble de ces mythologies nordiques constitue également la base principale du travail du maître de la fantasy s’il en est, J. R. R. Tolkien. En effet, avant de créer la Terre du Milieu celui-ci avait, par ses traductions notamment, redonné vie à la légende de Beowulf et à la Légende de Sigurd et Gudrun avant de travailler sur la geste arthurienne avec Sir Gauvain et le chevalier vert et surtout La chute d’Arthur.



 

2. | La fantasy historique médiévale… et plus particulièrement la fin du Moyen Age.

Chapitre II | La fantasy historique médiévale… et plus particulièrement la fin du Moyen Age.

  Et pour ce qui est de faire le lien entre la pure geste arthurienne et l’époque historique liée (avec un zeste de dark fantasy tout de même), il me faut mentionner le cycle Renégat (Bragelonne) de Miles Cameron relativement méconnu mais qui réussit avec brio une plongée « réaliste » dans la légende. Ce réalisme ne tient pas tant ici à l’utilisation de références connues (plus souvent fictives), qu’à la description extrêmement détaillée des équipements (armures ou outils de siège), des situations (batailles, sièges, etc..) et surtout des besoins bassement matériels (logistiques, commandement et organisation d’une troupe de mercenaires) et qui nous renvoie tout droit à notre propre histoire.


C’est certainement une démarche globale beaucoup plus ambitieuse qui pousse Joe Abercrombie (trilogie La première loi, Servir froidLes héros, Pays rouge aux éditions Bragelonne) à s’inspirer dans ses romans de l’Europe de la fin du XVe siècle. En effet, plus qu’un apport de réalisme dans le « détail », je crois que l’auteur réussit, grâce au parallèle historique avec une époque charnière de notre Histoire, à agrémenter l’ensemble de son œuvre d’une dimension et d’un contexte géopolitique qui renforce la cohérence globale entre ses différents romans et personnages. Ceux-ci sont tous issus de royaumes aux contextes religieux, politiques et sociaux-économiques - oui, le mot n’est pas usurpé ici – très divers ce qui rappellent les conflits entre l’Italie des condottieres, des puissants empires de Soliman le Magnifique et de Charles Quint mais aussi une Angleterre et une Europe du nord encore moyenâgeuses. Cette thèse semble d’ailleurs prendre encore plus corps à la lecture de son dernier ouvrage en date Un soupçon de haine (Bragelonne), roman de fantasy osant traiter des grandes révoltes populaires…


Plus à l’est, c’est le créateur du Sorceleur, Andrzej Sapkowski qui nous livre avec sa Trilogie hussite (Bragelonne) - qu’il considère lui-même comme son grand-œuvre et qui a été nommé au prix Nikê en Pologne (le Goncourt polonais) - un aperçu détaillé des conflits religieux et de souveraineté qui ont émaillé le XVe siècle dans toute l’Europe de l’Est et plus particulièrement en Bohême. Le réalisme survient à la retranscription des errements de l’âme humaine à une époque où un reste de féodalité et d’idéal d’amour courtois le disputent à l’essor des grandes universités et des découvertes scientifiques qui finissent de remettre en cause toutes les institutions héritées du Moyen Age.

Chez Abercrombie, comme chez Sapkowski, c’est donc bien l’humanité des personnages qui est la conséquence directe d’un réalisme terriblement « historique ».


Dans ce même esprit et en revenant à des romans installés dans un monde parallèle caractérisé notamment par des noms de lieux et de personnages fictifs, nul doute que le canadien Guy Gavriel Kay fait figure de référence. Ses romans s’inscrivent dans des contextes rappelant fortement la Byzance du Ve et VIe siècles après J.-C. (La mosaïque de SaranceL’Atalante) ou les conflits qui émaillèrent les Balkans à la fin du XVe siècle (Enfants de la terre et du cielL’Atalante) en passant par la résistance à l’invasion viking en Angleterre au IXe siècle (Les derniers rayons du soleilLe Pré au Clercs), la période des troubadours en Occitanie (La chanson d’Arbonne - L’Atalante) jusqu’à la Reconquista (Les lions d’Al-RassanL’Atalante). Notons que l’auteur réussit aussi à nous transporter en pleine dynastie Tang dans la Chine du VIIe au Xe siècle de notre ère (Les chevaux célestes & Le Fleuve céleste - L’Atalante) !


Son talentueux alter-ego français Jean-Philippe Jaworski (Janua Vera, Gagner la guerreLes moutons électriques) évoque clairement la grande époque de la Sérénissime Venise. On perçoit clairement que les rapprochements avec la grande Histoire sont plus qu’une recherche de réalisme. Cette fois-ci, ils sont tout à la fois la base et le cœur du récit. Peu ou prou, tout lecteur de fantasy un peu averti connait les grandes lignes de l’Histoire de Venise, de l’Empire Byzantin ou encore des conquêtes vikings. L’enjeu n’est donc plus de savoir comment se termine l’histoire/Histoire mais plutôt comment les protagonistes principaux de ces romans vont se sortir de ce contexte historique tumultueux.

 

3. | Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée à la Renaissance car l’Histoire se nourrit de chamboulements.

Chapitre III | Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée à la Renaissance car l’Histoire se nourrit de chamboulements.

  Il est ici intéressant, voire amusant, de noter que la fantasy historique s’accommode parfaitement de la fin du Moyen Âge : période charnière qui a vu accoucher de la découverte des Amériques, la fin de la Reconquista, la chute de l’empire millénaire byzantin et la fin de l’expansion ottomane. Bref, la fantasy historique semble se repaître des périodes de basculement, bien plus que de celles aux codes depuis longtemps établis, comme la féodalité, qu’on retrouve chez sa grande sœur, la fantasy.


Les périodes historiques instables paraissent donc particulièrement intéressantes pour les auteur(rice)s de fantasy historique. Pierre Bordage et sa trilogie L’Enjomineur (L’Atalante) sur fond de Révolution française, Terreur et Révolte des Chouans en sont une illustration brillante. De même que Jean-Laurent Del Socorro qui, avec Royaume de vent et de colères ou La guerre des trois rois (ActuSF), installe ses récits en pleines guerres de religion. D’une certaine façon, c’est aussi ce que fait Pierre Pevel en choisissant d’écrire les Lames du Cardinal (Bragelonne) ou Wielstadt (Pocket) au début du XVIIe siècle, où les schismes religieux ont bon train.


 

Même le XXe siècle et ses deux conflits mondiaux présente un contexte de choix. Citons pour finir ici Fabrice Anfosso et son Chemin des fées (Nestivequen éditions) qui met en scène un jeune irlandais désabusé emporté dans le tourbillon de la première guerre mondiale aux côtés de lutins, de fées et de dragons…

 

Nous n’irons pas jusqu’à dire que pour produire un bon récit de fantasy, la tentation est parfois grande pour beaucoup d’auteurs de resservir aux lecteurs les recettes de l’Histoire avec un grand « H ». Néanmoins, cette perspective semble « garantir » des atouts non négligeables en termes de cohérence d’univers (sur le plan de la géopolitique bien entendu mais aussi des religions, de l’histoire des sciences, de l’armement, etc…), de repères inconscients pour le lecteur, voire de réalisme dans les chamboulements moraux et psychologiques au cœur d’une époque.

Mais une chose est certaine, ces références plus ou moins évidentes, ou plus ou moins assumées, n’en sont pas moins des ingrédients de base de nombre d’excellents récits de pure fantasy !

 

 

Et voici les liens vers les œuvres citées si l’une d’elle vous a tapé dans l’œil 😉

Troie de David Gemmell (Bragelonne) :https://www.bragelonne.fr/catalogue/9791028109493-troie-collector/

Lions de Macédoine de David Gemmell (Mnémos) :https://www.mnemos.com/catalogue/le-lion-de-macedoine-integrale-2/

10 000 – Au cœur de l’empire de Paul Kearney (Livre de Poche) : https://www.livredepoche.com/livre/10-000-au-coeur-de-lempire-9782253159957

Alexandre le Grand et les aigles de Rome de Javier Negrete (L’Atalante) : https://www.l-atalante.com/catalogue/la-dentelle-du-cygne/alexandre-le-grand-et-les-aigles-de-rome-9782841724352/

La Croisade Eternelle de Victor Fleury (Bragelonne) :https://www.bragelonne.fr/auteurs/victor-fleury/

Qushmarrah de Glen Cook (L’Atalante) :https://www.l-atalante.com/catalogue/la-dentelle-du-cygne/qushmarrah-9782841723577/

Mythologie viking de Neil Gaiman (Au diable Vauvert) : https://audiable.com/boutique/cat_litterature-etrangere/la-mythologie-viking/

Winterheim de Fabrice Colin (Pygmalion) :https://www.editions-pygmalion.fr/winterheim/9782756405490

Corum de Michael Moorcock (L’Atalante) :https://www.l-atalante.com/catalogue/la-dentelle-du-cygne/tout-corum-9782841720903/

Renégat de Miles Cameron (Bragelonne) : https://www.bragelonne.fr/auteurs/miles-cameron/

Joe Abercrombie chez Bragelonne : https://www.bragelonne.fr/auteurs/joe-abercrombie/

Trilogie hussite d’Andrzej Sapkowski (Bragelonne) :https://www.bragelonne.fr/catalogue/9791028121006-la-tour-des-fous/

Guy Gavriel Kay chez L'Atalante : https://www.l-atalante.com/auteurs/guy-gavriel-kay/

Jean-Philippe Jaworski chez Les Moutons Electriques : https://www.moutons-electriques.fr/jean-philippe-jaworski

Enjomineur de Pierre Bordage (L’Atalante) :https://www.l-atalante.com/catalogue/la-dentelle-du-cygne/1792-9782841722884/

Jean-Laurent del Socorro chez ActuSF : https://www.editions-actusf.fr/p/jean-laurent-del-socorro/

Lames du cardinal de Pierre Pevel (Bragelonne) :https://www.bragelonne.fr/catalogue/9791028107901-les-lames-du-cardinal-lintegrale-ed-2019/

Wielstadt de Pierre Pevel (Pocket) :https://www.lisez.com/livre-grand-format/la-trilogiede-wielstadt/9782266212953

Chemin des fées de Fabrice Anfosso (Nestiveguen éditions) : https://www.nestiveqnen.com/le-chemin-des-fees/

Chapitre I | Les influences mythologiques et antiques.

L’Illiade ou l’Odyssée pourraient être « techniquement » considérés comme les tous premiers récits de fantasy (tout comme les épopées de Gilgamesh…). Les interventions divines directes ou indirectes y sont légion sans parler des créatures… eh bien disons… mythiques.

Il est donc inéluctable que certains auteurs de fantasy revoient tout cela « à leur sauce ». Pour n’en citer que quelques-uns, c’est le cas évidemment du génial David Gemmell, à qui l’on doit notamment le cycle de Troie (Bragelonne), mais aussi celui du Lion de Macédoine (Mnémos) qui s’inspire de l’histoire de Philippe et d’Alexandre de Macédoine. Entre les deux, Paul Kearney et ses 10 000 – Au cœur de l’empire (Livre de Poche) nous propose une palpitante réécriture de l’Anabase de Xénophon (Les belles lettres), où 10 000 Grecs sont perdus en terres perses et ne doivent leur survie qu’à leur seule détermination. 


Dans le même esprit mais avec une bonne dose d’uchronie, comment ne pas citer le travail original de Javier Negrete avec son Alexandre le Grand et les aigles de Rome (L’Atalante) qui imagine la confrontation d’Alexandre le Grand et de Jules César !

Plus que le fait de pouvoir s’appuyer sur un contexte géopolitique réaliste ou un héritage historique déjà connu du lecteur, il semble que les auteurs aient choisi de s’inspirer des mythes et de l’Antiquité pour renforcer l’aspect épique de leur travail. Les héros de ces périodes sont déjà plus grands que nature et sont par ailleurs souvent confrontés à des périls extraordinaires en grande partie parce que les interventions divines (mais aussi les incarnations divines !) relèvent presque du quotidien.

Dans une optique plus fantasy qu’historique, la toute récente Croisade éternelle (Bragelonne) de Victor Fleury tire ses références d’un cadre souvent plus méconnu : la civilisation mésopotamienne, tout comme le merveilleux Qushmarrah (L’Atalante) de Glenn Cook s’inspire majoritairement des guerres puniques.


A l’inverse des travaux précédents, il s’agit sans doute d’une volonté des auteurs de rechercher des contextes historiques solides et vraisemblables (car fortement inspirés du réel et renvoyant à certaines références déjà connues par le lectorat – même inconsciemment) mais restant également assez flous pour ne pas contraindre ou limiter les développements imaginaires.

Enfin, à un autre bout de l’Europe, les mythologies scandinaves et celtes ont, elles aussi, inspirées leur lot d’œuvres de fantasy. Parmi la très foisonnante production concernée, citons la réécriture récente de La Mythologie viking par Neil Gaiman (Le diable Vauvert) mais aussi plusieurs romans d’auteurs français comme Fabrice Colin et son Winterheim (Pygmalion & J’ai Lu). Les mythes celtes ont quant à eux notamment inspirés Michael Moorcock et sa deuxième trilogie de Corum (L’Atalante).Comme pour les auteurs s’étant inspirés de la mythologie grecque, un contexte et des entités divines amplifieront de facto la dimension épique de l’oeuvre. Par ailleurs, il faut noter que l’ensemble de ces mythologies nordiques constitue également la base principale du travail du maître de la fantasy s’il en est, J. R. R. Tolkien. En effet, avant de créer la Terre du Milieu celui-ci avait, par ses traductions notamment, redonné vie à la légende de Beowulf et à la Légende de Sigurd et Gudrun avant de travailler sur la geste arthurienne avec Sir Gauvain et le chevalier vert et surtout La chute d’Arthur.



 



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