Critiques

The Witcher T1 et T2 : Les braises d'une légende de la dark-fantasy

Par Aetherys
5min 2 décembre 2022
The Witcher T1 et T2 : Les braises d'une légende de la dark-fantasy

La fantasy est, à sa plus pure origine, une littérature d'émerveillement et d'évasion. En tant que ponts entre la réalité et le fantastique, les récits qui portent son blason sont de véritables havres fantasmagoriques où la magie s'introduit dans notre quotidien comme un élément ordinaire. Si ce genre littéraire trouve ses racines dans la littérature du XIXème siècle, avec des auteurs iconiques comme Ian McDonald, Lord Dunsany, Abraham Merritt ou encore J.R.R Tolkien, elle a depuis multipliée ses ramifications et ses sous-genres, au point d'être devenu davantage qu'un simple lieu où le merveilleux et la magie cohabitent en harmonie.

 

Cette ramification où les travers de notre époque entrent en collision avec les mondes magiques s'appelle la dark-fantasy et aujourd'hui, nous allons parler d'un de ses plus grands représentants actuels : la saga du Sorceleur, écrite par Andrzej Sapkowski.

Cette saga, composée de sept volumes, narre l'histoire de Geralt de Riv, un homme au métier plutôt particulier : sorceleur. En effet, moyennant finance, il s'occupe des monstres posant problème aux rois comme aux paysans.

Agissant comme une passerelle entre deux univers qui ne peuvent se comprendre, les sorceleurs tentent d'apporter un semblant de paix dans un monde d'où les créatures magiques - bienfaisantes et destuctrices - disparaissent progressivement, ne laissant place qu'aux Hommes. Dans ce lieu où l'équilibre est des plus fragiles, Geralt cherche son destin, au milieu de contrats à effectuer, de guerres, de complots magiques, et d'un enfant de la Providence qui pourrait bien chambouler sa vie...

Véritable succès critique et commercial, devenue avec le temps une des plus grandes figures transmédia connue, la saga du Sorceleur se décline désormais sous tous les formats : après les livres, l'univers de fantasy slave de Sapkowski s'est vu adapté en jeu vidéo par le studio polonais CD Projekt, qui est d'ailleurs l'une des raisons du rayonnement internationale de l'œuvre. Après le succès total de The Witcher 3, une série est commandée par Netflix avec en tête d'affiche Henry Cavill. Sa quatrième saison devrait débarquer incessamment sous peu.



Aujourd'hui, nous allons nous atteler aux deux premiers volumes de l'épopée du sorceleur Geralt de Riv : Le Dernier Voeu, et l'Epée de la Providence.

 

LE DERNIER VOEU

Les gens aiment bien inventer des monstres et des monstruosités. Ça leur donne l'impression d'être moins monstrueux eux-mêmes. Quand ils boivent comme des trous, qu'ils escroquent les gens, qu'ils cognent leurs femmes à coups de rênes ou criblent de flèches la dernière licorne qui subsiste sur terre, ils aiment se dire que la Moire qui entre dans les chaumières au point du jour est plus monstrueuse qu'eux. Alors ils se sentent le cœur plus léger. Et ils ont moins de mal à vivre. (Geralt de Riv, Le Bout du Monde,I)

Toute légende possède son origine, sa genèse. Si certaines ont été forgées dans les flammes de l'épreuve, celle du sorceleur Geralt de Riv commence au travers d'un contrat à effectuer et de personnages divers rencontrés sur le chemin. Les contrats n'ont jamais rien de réellement plaisant, mais impliquent généralement des récompenses pour lesquelles Geralt est prêt à danser avec la mort, s'il le faut.

Dans un monde de fantasy en déclin, où les bêtes féeriques qui peuplaient la Terre se réduisent comme peau de chagrin, la fonction même des sorceleurs se retrouve considérée comme inutile et dépassée. Mais Geralt, au travers de ses pérégrinations, ne l'entend pas sur ce ton là, et continue à arpenter les villages à la recherche d'une bête à éliminer, sans trop savoir de quoi sera fait l'avenir. Il marche vêtu de nombreux surnoms, Loup Blanc étant celui que lui donnent ses amis. Le lecteur pourra découvrir l'origine d'un autre d'entre eux, et ce qu'il implique : le Boucher de Blaviken.

Mais si Geralt fait le plus souvent cavalier seul, il a quand même quelques personnages faisant partie intégrante de sa vie, tel que l'arrogant barde Jaskier, incapable d'arrêter de parler, ou bien la sulfureuse Yennefer, sorcière dont la liaison amoureuse avec lui puise ses origines autour d'un étrange voeu...

Bien que ce premier volume n'ait pas encore de véritable fil conducteur, cette succession de courts récits (découpés en plusieurs parties et mélangés afin d'effectuer des retours en arrière, puis en avant) cimente déjà une grande partie de ce qui fait Geralt : un tueur de bêtes, cependant capable d'une grande humanité, mais tiraillé dans sa conception du Bien et du Mal.

 

On y découvre aussi quelques-unes des règles autour de la magie, notamment en ce qui concerne la formation des jeunes sorcières, bien loin des clichés que l'on peut voir dans d'autres œuvres : ici, leur physique avantageux n'est qu'une pure illusion dissimulant leur véritable visage, et le prix à payer pour interagir avec les forces magiques est souvent bien au-delà de ce que l'on peut imaginer.

Les flammes qui forgeront la légende du Loup Blanc n'en sont encore qu'au stade d'étincelles, l'aventure ne fait que commencer.

L'EPEE DE LA PROVIDENCE

 

La providence, le destin, le bien et le mal sont tout autant de thématiques chères à l'oeuvre de Sapkowski. Servant surtout à cimenter les personnalités des personnages, elles sont aussi des portes que l'auteur ouvre sur des réflexions dépassant le cadre de la dark-fantasy. Ainsi, dans ce deuxième volume du Sorceleur, elles servent par exemple à questionner le sens même de l'existence de notre cher Geralt, alors en quête d'un dragon.

En recherche d'un but à sa vie, il continue de sillonner les villes comme les villages en compagnie de son ami Jaskier, barde de son état et effroyable coureur de jupons. Mais cette fois, malgré une structure similaire au premier volume, à savoir un ensemble de nouvelles, l'ensemble forme un tout davantage homogène, avec un ordre chronologique plus palpable.

L'amour est d'ailleurs au centre de plusieurs histoires contenues dans ce deuxième opus : de l'amour complexe unissant une sirène et un baron qui refusent tout deux de changer de corps pour l'autre, jusqu'à la relation houleuse entre Geralt et Yennefer, l'amour y est traité sous toutes les coutures.

La relation de nos deux protagonistes est d'ailleurs ici grandement étoffée : on y découvre une vie faite de haut et de bas, d'abandon et de regret, et dont l'issue semble indéterminée. En cause, la sensation qu'a Geralt, due à son état de sorceleur, de ne savoir s'il est réellement capable d'aimer quelqu'un.

Pourtant, au gré de ses pérégrinations, la providence finit par ne cesser de revenir vers Geralt, lui qui mène une vie au fil du rasoir en compagnie de la mort, tentant tant bien que mal de retenir ses émotions, terrées en lui. Cette Providence a même un visage : celui d'une jeune enfant aux dons exceptionnels, capable de renverser le fil d'une guerre comme de faire choir les plus grands monarques.

Son nom est Ciri, et son rôle à venir dépasse tout ce que l'on peut imaginer. Ainsi commence réellement l'aventure de Geralt de Riv, de Yennefer de Venderberg, du barde Jaskier, et de l'enfant prophétique.

Ainsi commence vraiment l'histoire du Sorceleur.

 

La saga du Sorceleur en poche a récemment été rééditée avec de nouvelles illustrations sublimes de Maéna Paillet, juste ici !

 

The Witcher T1 et T2 : Les braises d'une légende de la dark-fantasyThe Witcher T1 et T2 : Les braises d'une légende de la dark-fantasyThe Witcher T1 et T2 : Les braises d'une légende de la dark-fantasyThe Witcher T1 et T2 : Les braises d'une légende de la dark-fantasyThe Witcher T1 et T2 : Les braises d'une légende de la dark-fantasy