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Benjamin Mayet (Le dehors de toute chose), l'interview

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InterviewLe 30 Mai
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À l’occasion de la sortie du livre Le dehors de toute chose aux éditions de La Volte, nous avons eu envie de poser quelques questions Benjamin Mayet le comédien à l’origine de l’adaptation du roman culte, La Zone du Dehors. Il n’est pas un inconnu pour les plus fidèles de nos lecteurs et auditeurs, puisque nous avions déjà eu l’occasion de le rencontrer à l’occasion des Utopiales de 2014 où il avait participé à l’enregistrement d’un Podcast mémorable en compagnie d’Alain Damasio.

• Lire aussi : La critique du livre Le dehors de touche chose

Hello Benjamin, peux-tu te présenter ?

Benjamin, lyonnais, acteur, réalisateur et scénariste, fan de s-f en général et plus particulièrement de récits post-apo' ou d’anticipation politique. J’aime les textes engagés, même si un vrai bon texte l’est toujours. Il est important pour moi que se dégage, en littérature comme en théâtre, quelque chose dans les mots qui poussent à la réflexion, à la remise en cause et à l’espoir d’un monde autre. Je ne lis, depuis 10 ans, presque exclusivement que de la sf française d’auteurs vivants, afin de pouvoir rencontrer les écrivains et aussi parce qu’il y a un vivier énorme dont on ne voit, une fois le chemin emprunté, jamais le fond ! Du contemporain, quoi, comme en théâtre...

Les livres d’Alain Damasio ne sont pas neutres, la raison en est le parti pris idéologique, philosophique de son œuvre. Tu es un lecteur particulier, car tu as décidé d’adapter l’un de ses livres. Qu’est-ce qui a parlé en toi dans son livre pour que cela te pousse à en faire une pièce de théâtre ?

Par rapport à l’œuvre d’Alain et ce que tu en dis, je suis d’accord. Pourtant, il me semble qu’un bon texte de sf n’est jamais neutre. Il y a toujours une vision forte et subjective derrière. Chez Alain, c’est peut-être plus poussé, mais je ne crois pas. Je pense que sa particularité est surtout stylistique.

Dans le fond, tout, dans « la zone », m’a parlé. De la première à la dernière ligne. Ce qui peut parfois rebuter les gens dans ce roman, sa compacité, ses discours anarco-philosophiques, etc. sont pour moi les pépites qui forment le plus beau des bijoux. En vérité, Alain avait tout simplement mis des mots sur des sensations que je portais en moi sans même m’en rendre compte et qui se sont révélées à la lecture.

Mais c’est le style oral de son écriture qui m’a amené, comme une évidence, à en faire un texte de théâtre. Je me lisais des passages du roman à voix haute, comme je l’ai fait avec des passages de Molière, de Shakespeare, de Wajdi Mouawad ou de Jean-Pierre Siméon (auteur affilié au TNP de Villeurbanne dont les préoccupations sont très proches de celles d’Alain et que je cite en ouverture du recueil). À force de lire des passages, d’en apprendre certains par cœur pour avoir du matériel à proposer en audition ou tout simplement pour m’amuser ou m’entrainer, à force de voir l’impact de ces mots sur les gens, je me suis dit qu’il fallait creuser. Que cette matière devait pouvoir trouver un réel déploiement dans l’oralité, une force nouvelle et une voix neuve pour toucher sa cible. Les mots dits ont ça de mieux que ceux qui sont écrits : ils frappent au cœur, grâce au souffle, ils marquent plus en étant vocalisés et ils laissent une trace plus physique. Je voulais partager l’illumination qu’ils m’avaient procurée et mon médium étant le théâtre, j’ai décidé d’en faire une pièce.

Comment s’est passé ton processus de travail pour en arriver au texte que tu joues sur scène et qui se trouve maintenant publié à la Volte ?

Je détaille plus ou moins le processus dans l’avant-propos du livre. Mais pour résumer, j’ai tiré du livre un corpus de 47 pages contenant tous les passages qui m’intéressaient, ceux que je trouvais beaux comme ceux qui me permettaient une certaine dramaturgie. Car je voulais au départ recréer le bosquet sur scène : 5 acteurs, par monologues interposés, raconteraient le retour de Capt après sa sortie du cube jusqu’à se retrouver ensemble, au pays, pour un discours polyphonique final. Mais au fur et à mesure de « l’écriture », le format du monologue s’est imposé de lui-même. À partir de là, j’ai évacué tout ce qui avait trait à l’histoire, au récit, à la personnification, et me suis concentré sur les propos philosophiques et politiques. L’introspection me semblait aussi le meilleur moyen de permettre au spectateur de se poser ses questions pour lui-même et de se projeter à ma place, dans mon « arène de peau », le temps du spectacle. Il fallait donc trouver quelque chose sans artifice, brut et humble. La solitude du personnage apporte ça, la performance du seul en scène met aussi le spectateur dans une certaine disposition d’écoute qui rend possible la transmission du texte. Parce que de toute façon, le plus important a toujours été, durant l’adaptation, de trouver le meilleur angle pour mettre en valeur le texte. Pas les personnages, l’histoire, la révolution qui réussit, etc. Le texte.

Tu as fait le choix de prendre des extraits de l’œuvre originale de Damasio pour en tirer des monologues. Le monologue renvoie à une part d’intime, là où le texte de Damasio s’articule autour du collectif, pourquoi avoir opéré ce changement ?

Tout d’abord, je ne suis pas d’accord : le roman ne s’articule pas autour du collectif. Il s’articule, pour moi, autour de ce que peut une personne, pour elle-même, être libre. Si elle rend ainsi la collectivité plus libre, ce n’est qu’une incidence.

Et, pour moi, le combat que mène la volte dans le roman n’est qu’une métaphore du combat interne de chaque personnage. Cerclon est une métaphore de nos corps. Et chaque personnage est une part de la personnalité que l’auteur porte en lui. C’est peut-être ça la singularité d’Alain : réussir à exposer l’étendue de sa diversité intérieure. Toujours est-il que plus je lisais le livre, plus je me plongeais dans les fragments que j’en avais extraits, plus je ramenais tout cela à une unique perspective : le combat d’une entité contre elle-même pour s’élever à une autre condition.

Après toutes ces années à travailler le texte, les mots d’Alain Damasio sont devenus en partie les tiens. En quoi ton « Dehors » diffère-t-il de celui d’Alain Damasio ?

Il y a autant de dehors qu’il y a de personnes. Le dehors, c’est l’inconfort, c’est l’éloignement perpétuel des frayages... les miens sont différents des vôtres et de ceux d’Alain. Mais la principale différence, je pense — c’est plutôt à toi de répondre à cette question —, c’est que mon dehors exclut tout combat. Dans tout récit, le conflit est essentiel. Pas de conflit, pas d’intrigue, pas d’histoire. Pas d’histoire, pas de roman. Le théâtre a cela de magnifique qu’il peut utiliser les mots sans la nécessité du conflit. Même à l’écrit. Il poétise. Il expose juste, pour que le combat que ses résonances apportent puisse se dessiner de manière propre à chacun. C’était un des buts de mon adaptation : être assez subjectif pour réussir, un tant soit peu, à toucher l’universel.

Donc pas de lutte. Aucune opposition. Pas d’adversaire. Pas de réponse ou de réaction. « Mon » dehors ne cherche pas à changer l’autre, mais pousse à s’explorer soi-même pour l’incarner, cet autre.

Quelles sont les dates à venir pour représentations du Dehors de toute chose ?

Le 6 juin à Paris, je joue à la librairie La Dimension Fantastique, et le 8 à l’Université Populaire de Bordeaux. Peut-être des dates à Lyon, à nouveau à la rentrée, mais rien de sûr. Et une virée à Avignon pour deux dates avec une autre pièce écrite par Alain est en discussion.

As-tu d’autres projets ?

De l’écriture, beaucoup. Long et courts métrages, un nouveau spectacle. Et puis le monologue n’est pas encore arrivé à maturité. Avec Nicolas, mon metteur en scène, nous avons trouvé la bonne forme, il faut maintenant le jouer le plus possible pour qu’il s’étoffe. La transmission, c’est la seule raison d’être de ce texte. Je ne suis pas rassasié...

(Crédits photos : Nicolas Guépin & Johann Deschryver)


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