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Édito #88 : Gareth Edwards, rebelle dans l'âme ?

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evenementsLe 12 Dec
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A quelques heures maintenant de l'événement que représente Rogue One, à savoir la sortie d'un tout premier spin-off pour la saga Star Wars, il nous semblait bon de prendre un peu de recul pour nous intéresser à l'un des architectes de ce projet, le réalisateur Gareth Edwards, que beaucoup connaissent pour son reboot de Godzilla, mais qui reste un metteur en scène encore assez énigmatique ou en tous cas très jeune, et donc méconnu pour le plus large public. Pour les débuts de cette semaine spéciale Rogue One, prenons donc le temps de revenir sur le parcours du réalisateur, ses influences ou encore sa place dans un paysage hollywoodien toujours plus concurrentiel.

• Voir aussi : Semaine Spéciale Rogue One – le programme complet

Né deux ans avant le tout premier Star Wars, c'est à dire en 1975, Gareth James Edwards, d'origine galloise, aurait toujours voulu réaliser ses propres films. Du moins, sa famille rapporte que depuis le lycée, le jeuneGareth était prêt à tout pour devenir réalisateur. Diplômé à 20 ans de l'Université d'Arts Créatifs de Farnham, notre bonhomme rentrera dans le milieu par la porte devenue très large des effets spéciaux. C'est durant cette période qu'il signera les effets de séries comme Nova, Perfect Disaster (dont il réalisa deux épisodes) ou encore Heroes and Villains (dont il réalisa un unique opus), la dernière lui permettant d'acquérir une vraie renommée en dehors du Royaume-Uni puisque les quelques 250 plans numériques réalisés par ses soins furent salués par les spécialistes du milieu. Conforté dans sa vocation après avoir officié à la BBC, Gareth Edwards tentera donc sa chance au Sci-Fi London 48 Hour Film Challenge, un concours proposant à ses participants de monter un projet de film de A à Z en deux jours tout rond, sous certaines conditions bien précises.


Quelques heures plus tard donc, il sort vainqueur de la compétition et va donc s'attaquer à son tout premier film, Monsters, qu'il tournera en trois semaines avec une équipe de cinq personnes et deux acteurs professionnels, le couple (à l'écran comme à la ville) Scoot McNairy et Whitney Able. Et malgré ces moyens limités, le métrage réussit l'exploit d'être tout à fait envoûtant, même mieux, marquant. Monsters traite en effet d'une invasion extraterrestre bien particulière, presque passive, qui permet au réalisateur d'utiliser son budget au mieux, lui qui sur ce projet, endossait les rôles de scénariste, metteur en scène, directeur de la photographie et responsable des effets spéciaux, bien évidemment. Et on retrouve dans Monsters une partie de ce qui deviendra le style du réalisateur, avec une approche presque documentaire de la mise en scène et de la photographie, qui profite avant tout d'une lumière naturelle. Le résultat est surprenant mais évoque déjà la saga Star Wars, puisque George Lucas s'était lui aussi lancé dans ce qu'on appellera plus tard Un Nouvel Espoir avec un certain réalisme documentaire en tête. Mais ce style n'empêche pas non plus Edwards de proposer quelques jolies métaphores et une vraie réflexion au sein de son métrage, puisque les monstres qui donnent son nom à Monsters en ont après nos énergies fossiles. On vous laisse faire les ponts avec le second film du bonhomme, qui reprendra à peu près les même thèmes, mais avec un tout autre budget.

C'est d'ailleurs tout mon problème avec le Godzilla de Legendary Pictures et Warner Bros : comme beaucoup, les deux entreprises avaient repéré Edwards à la sortie de Monsters, sans toutefois lui demander de distinguer son premier film de son premier blockbuster. Si ce n'est pas déjà fait, il est donc temps de voir Monsters et de rappeler que la sensibilité et les bonnes idées du bonhomme sur Godzilla venaient sans doute directement de son premier film, et qu'elles ont ensuite été lissées par la machine hollywoodienne. Peut-être parce que déjà, on parlait d'un film co-réalisé avec Tony Gilroy, producteur et scénariste de la saga Bourne, qui aurait filé un coup de main à Godzilla sans en recevoir les honneurs au générique final. Mais malgré ses défauts, dont des personnages humains à la ramasse et filmés sans saveur, le Godzilla d'Edwards proposait un joli mélange des genres. On retrouve en effet un style parfois très documentaire, ou en tous cas, un cadrage très proche de nos protagonistes, Edwards endossant souvent lui-même le rôle de cameraman pour être sûr de coller nos héros. Par ailleurs, le film a le mérite d'avoir redéfini la notion que Gareth Edwards surnomme les « préliminaires cinématographiques » en jouant terriblement bien sur notre frustration pour nous livrer un final proprement dantesque. Et enfin, quelques images fortes nous sont restées en tête, comme la scène du HALO jump, qui au contraire du style habituel d'Edwards, s'avère très esthétisée, se distinguant de fait du reste du film. On retrouve d'ailleurs cette approche mélangeant réalisme documentaire et séquences hyper-travaillées dans Rogue One, d'après les trailers du spin-off Star Wars et la présence d'un directeur photo' que j'aime beaucoup,Greig Fraser, connu pour Zero Dark Thirty, au générique.


Et depuis Godzilla, l'actualité du réalisateur âgé de 41 ans tourne essentiellement au tour de Rogue One, et nous allons assurément en parler assez dans les prochains jours pour ne pas vous retracer toute la genèse du projet. Sachez simplement que du propre aveu du réalisateur, il aurait été l'un des premiers metteurs en scène courtisé parLucasfilm suite au rachat de Disney, pour différents projets d'ailleurs. Et s'il avait juré de ne pas réitérer l'expérience hollywoodienne de sitôt après son travail sur Godzilla, Kathleen Kennedy a joué sur sa corde sensible en lui présentant le projetpitché par John Knoll (superviseur des effets spéciaux chez Industrial Light & Magic) et issu du projet avorté de la série live Star Wars : Underworld : un film de guerre dans l'univers créé par George Lucas, qui raconterait comment un groupe de rebelles a réussi à mettre la main sur les plans de la tristement célèbre Étoile Noire. Quelques rendez-vous plus tard, les négociations avaient abouti avec l'annonce, en mars 2014, de son arrivée aux commandes de ce qui sera le premier spin-off Star Wars, qu'on appelle alors Red Five dans les bons cercles, mais qui deviendra Rogue One.

Et l'entrée du réalisateur dans la galaxie Star Wars nous permet justement d'évoquer les influences de Gareth Edwards, une question qui peut parfois faire office de gigantesque tarte à la crème, mais pas dans le cas présent, puisque le metteur en scène a lui-même expliqué que la simple promesse de lier son film à son univers de fiction favoris l'avait poussé vers le projet. Savez-vous de quel film on parle ? Et bien, il s'agit d'Apocalypse Now, un film qui est déjà très connecté à l'univers Star Wars puisque George Lucasl'a en partie élaboré et aurait même pu le réaliser, sans compter la présence d'Harrison Ford au casting. Et effectivement, les images aperçues dans les trailers de Rogue One nous renvoient directement au chef d'œuvre de Francis Ford Coppola, si le combat de nos chers Rebelles ne fait pas directement écho à celui du Viêt-Cong, mais ça, nous en reparlerons dès demain dans un dossier spécialement consacrés aux conflits qui ont inspiré Star Wars.


Mais si Apocalypse Now est un classique, au moins pour le genre du film de guerre et le cinéma hollywoodien, il témoigne, quand on s'intéresse aux goûts de Gareth Edwards, d'une certaine simplicité. Dans de nombreuses interviews, le réalisateur explique en effet que c'est Star Wars qui l'a poussé vers la réalisation, et que ses trois réalisateurs favoris sont George Lucas, Steven Spielberg et Quentin Tarantino. Il est franchement difficile de faire plus mainstream, mais la liste a le mérite de nous rappeler que les artistes consomment souvent moins d'œuvres (pointues) que nous. Parfois pour préserver la fraîcheur de leur style. Souvent, parce qu'être spectateur ne les intéresse pas, ou plus. Et il est très délicat de savoir où Edwards se place dans ce dilemme, puisque sa filmographie est encore courte, qui l'est lui-même jeune (par rapport à la moyenne des réalisateurs hollywoodiens) et que ses influences, parfaitement valables et tout à fait validées par la rédaction, en disent bien trop peu sur lui.

On comprend toutefois très bien ce qu'un Spielberg ou un Lucas ont créé chez le réalisateur, qui peut compter sur un sens certain de l'aventure, même en filmant d'une manière parfois très brute. Reste à savoir où Tarantino résonne dans son style, mais dans tous les cas, ces trois noms sont trop connus pour parler en la faveur d'Edwards, et il n'en révèlent pas plus sur lui que sur cette personne rencontrée lors d'une soirée un poil trop arrosée. En ce sens, l'ami Gareth pourrait tout à fait s'inscrire dans ce que Hollywood désigne désormais comme une génération de « réalisateurs fans » et l'inscription de son nom au générique de Rogue One, premier spin-off de la saga Star Wars, n'est donc peut-être pas tout à fait innocente : pour Lucasfilm, il fallait peut-être qu'un fan soit à la barre du projet pour donner vie à cette nouvelle approche du matériau original. Et à n'en pas douter, le style très Lucasien deGareth Edwards était un plus pour ce job délicat qui consiste à adapter le texte déroulant jaune d'Un Nouvel Espoir en un métrage complet. Une question de cohérence donc, mais aussi d'amour pour la licence. Et si on ne doutera jamais du respect d'un Abrams ou d'un Johnsonpour Star Wars, d'ailleurs, on remarque que la promotion deRogue One a toujours misé sur la fan attitude d'Edwards (souvenez-vous de la phrase « it's like being a kid again » du réalisateur, martelée par la promotion) pour vendre le métrage au plus grand nombre.

Et bien évidemment, si on voulait passer du côté obscur, la courte filmographie d'Edwards et son cœur de fan pourraient jouer en sa défaveur, et expliquer pourquoi Lucasfilm n'a pas réussi à étouffer les rumeurs faisant état d'un montage retiré au réalisateur britannique, de conflits de visions et de bien d'autres soucis qui chaque jour depuis cet été, nous ont fait craindre le pire pour Rogue One. Car même si le film semble promis au succès, il y a toujours un fond de vérité dans chaque ouï-dire et on comprendrait presque pourquoi certains de nos collègues voient en Edwards un réalisateur d'avantage choisi pour être manipulé que pour donner vie à un film très particulier. Mais n'oublions tout de même pas comme un Neill Blomkamp, Edwardsreprésente également cette prometteuse génération de réalisateurs à tout faire, aussi bien versés dans l'écriture que le montage et bien souvent, venus du monde des effets spéciaux. Une catégorie de (jeunes) réalisateurs encore maltraitée par Hollywood, qui les engage pour leur fraîcheur tout en la craignant, mais qui pourrait bien donner le ton à toute une industrie dans les années à venir. Une génération qui par ailleurs, brouille les frontières entre les différents postes d'une grosse production comme Rogue One ouGodzilla, nous obligeant ainsi à repenser les rapports de forces qui peuvent s'y trouver.

Derrière ses allures de bonhomme britannique et sympathique, Gareth Edwards cache donc peut-être un futur grand réalisateur, qui dissimule son jeu avec des références un rien mainstream et assaisonne sa réalisation par une sincère passion, des Kaijus et de Star Wars, dans le cas présent. Et si plusieurs éléments récurrents dans son attitude ou dans sa réalisation nous renvoient parfois l'image d'un réalisateur propulsé trop haut, trop vite (son départ du projet Godzilla 2 en témoigne), il ne faut pas oublier que le britannique n'en est qu'à son troisième long-métrage. Avec un tout petit peu de chance, ses meilleurs œuvres sont donc encore devant lui, et on à hâte de suivre ses futurs projets, qui si on en croit le nouveau parcours emprunté par les réalisateurs hollywoodiens, devraient le refaire replonger du côté de l'indé', où Gareth Edwards pourra à nouveau nous et se surprendre, comme il l'avait en 2012 avec Monsters. Mais dans le même temps, on ne serait pas contre une belle Star Wars - Success - Story. A suivre dans deux jours dans les salles obscures françaises, mais la Force nous dit que que vous risquez de ne pas être déçus.


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