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Édito #95 : pourquoi Netflix a annulé Sense8

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evenementsLe 05 Jui
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La nouvelle tombait la semaine dernière : Netflix annulait Sense8 après deux saisons, qui avait été séparées d'un très gros épisode de Noël. Plus de deux ans après ses débuts sur la plateforme de streaming, le dernier bébé des sœurs Wachowski et de Joe Michael Straczynski s'en va, et avec lui, c'est toute une communauté de fans qui s'émeut. Mais ne laissons pas nos émotions nous empêcher de réfléchir à cette annulation et ses justifications.

Et pour peser le pour et le contre, il convient de noter un certain changement dans la stratégie de Netflix. En effet, le géant du streaming s'attendait à passer le cap des 100 millions d'abonnés à l'issue du premier trimestre 2017. Finissant tout juste derrière cet objectif avec un peu plus de 98 millions d'utilisateurs, l'entreprise a décidé de légèrement revoir son approche des séries dites "créations originales" et en conséquence, a annulé plusieurs shows, dont Sense8 mais aussi The Get Down, du metteur en scène Baz Lurhmann.
 
 
Mais l'annulation de ces séries n'a à peu près rien à voir avec le prix dépensé pour les deux shows, comme le précise le directeur général de Netflix, Reed Hastings, qui explique que malgré leur budget impressionnant - on parle de 120 millions de dollars pour The Get Down, soit 10 millions par épisodes - les deux séries ne représentent qu'une goutte d'eau à l'échelle des investissements de l'entreprise dans les créations originales. Ce n'est pas non plus une question d'audiences, puisque Netflix a pour habitude de ne jamais communiquer sur celles-ci. En tous cas, il est rare de mettre la main sur des données chiffrées, et l'entreprise met un point d'honneur à s'extraire de l'habituelle équation entre recettes et audiences. 
 
Moralité, Netflix n'annule pas des séries en fonction de leurs coûts - de toute façon assurés, tout ou partie, par des maisons de production - ou de leurs audiences mais bien selon un calcul qui est propre au service de streaming. Il s'agit tout simplement du taux de nouveaux abonnés générés par chaque nouvelle création originale. Ce qui explique pourquoi des séries visiblement moins populaires ou plus coûteuses ont été renouvelées : malgré leurs inconvénients, elles transforment suffisamment d'usagers gratuits (le temps d'un mois) en abonnés mensuels. Ce fut le cas d'Orange is the New Black et de House of Cards en leur temps, par exemple.
 
 
Le géant du streaming mesure donc l'impact de ses séries selon leur capacité à générer de nouveaux consommateurs. Et il semblerait que Sense8 n'ait jamais réussi à maintenir ce taux de transformation très haut. Les objectifs de Netflix pour ce trimestre n'ayant pas été atteints, l'entreprise a donc décidé de se serrer la ceinture et de ne plus soutenir les séries représentant un appel d'offre trop faible. Ce qui ne veut pas dire que la créativité et la prise de risques ne sont plus encouragées sur la plateforme. Bien au contraire, Reed Hastings explique que Netflix devrait prendre encore plus de risques, et donc potentiellement transformer encore plus d'abonnés, quitte à annuler plus. Et selon lui, l'actuel et faible taux d'annulation du service prouve que Netflix ne va pas encore au bout de son idée.
 
Seulement, et vous l'aurez compris, celle-ci pourrait bien mener à une segmentation encore plus drastique des contenus de la plateforme, qui vise toujours plus de niches et des genres ou d' auteurs délaissés par les autres médias. Des réalisateurs comme David Ayer, maltraité sur Suicide Squad, ou Duncan Jones, malmené sur Warcraft, le montrent bien. Les prochains films des deux bonhommes, Bright et Mute, seront ainsi des exclus Netflix. Tout comme des séries très communautaire comme Dear White People fonctionnent très bien sur la plateforme. Assurément, Netflix continue donc de prendre des risques et souhaite qu'ils paient lorsqu'il est temps de convertir les usagers du fameux mois gratuit en utilisateurs convaincus.
 
 
Dans ce contexte, Sense8 ne semble pas avoir sa place, malgré ses qualités inconditionnelles et une saison 2 bien plus constante et stable que son aînée. La création de Straczynski et des sœurs Wachowki avait enfin des antagonistes clairs, une mythologie et des enjeux bien définis, mais ceux-ci n'iront pas plus loin. C'est d'autant plus dommage que la série célébrait l'humanité - dans tous les sens du mot possibles - et proposait un discours optimiste devenu particulièrement rare en ces temps cyniques. Mais il faut également s'en rendre compte, l'appel d'offre est aussi lié à la qualité factuelle de la série, et pas uniquement à ses intentions, aussi saines soient-elles.
 
A ce titre, on se souvient encore de notre déception en lançant la première saison de Sense8, qui manque de concentration et de fluidité. Chaque épisode semblait raconter un penchant précis de la vie de tous nos personnages, et puisqu'ils étaient au nombre de huit, le show mettait un certain temps à démarrer. La réalisation n'étant guère plus inspirée, il fallait s'accrocher, c'est certain, mais notre amour pour les personnages en ressortait assurément grandi. Pour ma part, j'avais donc attaqué la saison 2 avec un espoir certain, revigoré par un épisode de Noël que je compte parmi les plus belles célébrations des différences et des richesses de l'humanité. Rien que ça. Mais Sense8 était aussi récemment retombé dans ses travers, avec une fin de saison complètement foutraque, pour ne citer qu'elle.
 
 
L'annulation de la série est-elle légitime pour autant ? Je ne pense pas. Je pense aussi que Netflix, qui triomphe sur d'énormes licences comme Marvel - Iron Fist n'avait pas le quart des idées de Sense8 - et sur des succès insoupçonnés comme 13 Reason Why aurait pu laisser ses huit personnages grandir pour au moins deux raisons. Continuer à soutenir les Wachowski, que les studio pourraient ne jamais vouloir réengager après les échecs commerciaux que son Speed Racer, Cloud Atlas et Jupiter Ascending, sans même parler de leur coming-out. Mais aussi donner à la plateforme un fer de lance dont l'optimisme et la créativité sont finalement à l'image des valeurs du géant fondé par Reed Hastings et Marc Randolph il y a maintenant 20 ans de cela : l'envie de faire bouger les lignes, de prendre des risques et finalement, de changer le monde, une saison après l'autre.

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