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Twelve O'Clock High, référence cachée de Star Wars : Les Derniers Jedi

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ChroniquesLe 30 Sep
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L'année dernière, j'avais la chance d'assister au panel intitulé "the future filmakers of Star Wars" lors de la Celebration londonienne. Une conférence qui n'était pas diffusée dans le reste du monde et à l'occasion de laquelle Rian Johnson, réalisateur du huitième opus de la saga, désormais connu sous le nom des Derniers Jedi (The Last Jedi), a pu détailler les films qui avaient influencé son travail sur Star Wars. Parmi eux, on retrouve Twelve O'Clock High, paru en France sous le titre d'Un Homme de Fer, un film sorti en 1950. Une référence à nouveau citée il y a quelques mois de cela lors de la première sortie du réalisateur dans la presse, au micro d'USA Today. Et à l'approche de la sortie de The Last Jedi, il me semblait opportun de jeter un œil à ce classique tourné juste après la Seconde Guerre mondiale, en 1949.

Twelve O'Clock High, malgré sa proximité avec le second conflit mondial, rompt à l'époque avec une longue tradition de films de guerre optimistes et particulièrement patriotiques, destinés à soutenir l'effort du peuple américain puis à le cultiver. Tiré du roman de Sy Bartlett et Berine Lay Jr. - qui adapteront eux-même leur livre en scénario – il décrit un moment fort de la Seconde Guerre mondiale : les bombardements successifs des installations industrielles allemandes par les B-17 américains qui ont permis de couper court à la guerre. Ces avions conçus pour voler sur de longues distances et sans escorte sont parfois surnommés "forteresses volantes" en raison de leurs nombreuses tourelles défensives. Un mythe américain peut-être pas aussi connu que Star Wars de nos jours, mais à l'époque, le travail des pilotes des escadrons de B-17 est un exploit bien connu au pays de l'oncle Sam.

Le réalisateur Henry King choisit donc de le mettre en scène, mais dans un ton qui s'éloigne presque radicalement des tendances d'alors. Et on le comprend dès l'une des premières scènes du film, où un B-17 réalise – réellement et devant la caméra – un atterrissage d'urgence pour lequel son cascadeur fut payé 4500 dollars. L'avion s'écrase sur l'herbe d'une base aérienne britannique sans avoir eu le temps de sortir ses trains d’atterrissage. Immédiatement, les équipes de secours se précipitent vers la carcasse, de laquelle on extirpe des pilotes grièvement blessés, ou morts. L'un d'eux a perdu son bras. Le gilet de sauvetage de l'autre est repeint au sang, comme on le remarque très vite malgré l'image en noir et blanc. Le commandant de la base prétend même pouvoir apercevoir le cerveau d'un des pilotes. C'est une véritable boucherie qui nous est suggérée, mais pas montrée, époque et traitement obligent.

L'effet reste le même : nous voilà impliqués dans le quotidien aussi stressant que mortel des pilotes de l'escadron, qui vont devoir ajouter un autre fardeau sur leurs épaules, l'arrivée d'un nouveau commandant, le général Sauvage, incarné par l'excellent Gregory Peck. D'abord anecdotique, ce changement dans la hiérarchie devient bientôt le moteur de l'intrigue, et toute la beauté du film est d'ailleurs de rendre la chaîne de commandement au moins aussi stressante voire traumatique que les combats aériens, qui ne sont techniquement pas mis en scène, puisqu'ils sont tirés d'images réelles filmées par l'US Air Force et la Luftwaffe, l'aviation allemande, pendant la guerre.

Mais c'est bien la tension qui se dégage des escarmouches aériennes qui a inspiré Rian Johnson pour son film, à croire que Star Wars : The Last Jedi, malgré son titre très mystique, pourrait être aussi militaire qu'un Rogue One, et offrir à Poe Dameron (Oscar Isaac) et ses pilotes de nouveaux moments de bravoure, ou tout au contraire, une défaite des plus cuisantes. Car tout ne fonctionne pas toujours comme on l'annonce en salle de briefing, et Twelve O'Clock High le montre bien en articulant à merveille ses différents enjeux, militaires, humains et politiques, entre eux. Et on ne serait pas étonné de retrouver cette saveur amère dans le Star Wars de Rian Johnson. Épisode pivot de la postlogie, The Last Jedi, tout comme l'Empire Contre-Attaque et l'Attaque des Clones avant lui, pourrait bien se terminer sur une note frustrante.

On souhaite en tous cas au film de Rian Johnson, forcément très attendu par les fans comme les détracteurs de The Force Awakens, d'être aussi représentatif de son époque que pouvait l'être Twelve O'Clock High au début des années 1950. En s'intéressant d'avantage à l'humain qu'à la machine, malgré la fascination que le public peut avoir pour des engins aussi fameux que les B-17, Henry King plongeait en effet dans des sujets très sensibles au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Si on ne les appelle pas encore comme ça, les syndromes post-traumatiques sont ainsi le véritable sujet du film, qui nous montre comment de tels phénomènes peuvent révéler au grand jour la véritable nature des Hommes même les plus tenaces. Si vous jetez un œil au métrage après cet article, je suis d'ailleurs prêt à parier que vous serez surpris par la modernité de Twelve O'Clock High, qui passe par un traitement très subtil et bien écrit des fameux PTSD, qu'on désigne parfois sous le terme euphémique de "combat fatigue" dans le film.

Le passage d'un terme à l'autre pour désigner le même phénomène témoigne d'ailleurs du chemin parcouru, et je suis prêt à parier que les personnages dépeints par Henry King en 1950 ont mis en lumière les souffrances des combattants. On sait en tous cas que de nombreux vétérans tiennent Twelve O'Clock High en haute estime, et que c'est selon eux le seul film à dépeindre fidèlement leur combat dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Il faut dire que l'humilité avec laquelle King filme le conflit force le respect. Mieux, elle permet à son œuvre de résister au poids des années, et je crois que la résistance au temps est l'une des plus belles qualités qui soit, quand on parle d'un film.

Bien évidemment, en tant que blockbuster ultime, The Last Jedi ne peut pas prétendre à un niveau d'importance aussi historique. Mais compter ce classique parmi les influences de ce huitième Star Wars met tout de même l'eau à la bouche. On sait que George Lucas s'était grandement inspiré des archives et des films de la Seconde Guerre mondiale pour forger sa saga et imaginer ses fameux combats spatiaux. Or, en choisissant Twelve O'Clock High - un film qui intègre directement des images réelles - comme l'une des références majeures de son prochain métrage, Rian Johnson boucle la boucle, et poursuit les rimes et les parallèles qui ont toujours fait les belles heures de la saga. 

Avec un peu de chance, le réalisateur pourrait même emprunter à ce classique son envie de mieux représenter l'époque dans laquelle il s'inscrit. A la manière d'un Apocalypse Now, une autre œuvre connectée à Star Wars (on en parle ici), Twelve O'Clock High avait bousculé l'opinion publique et sans dénoncer quoi que ce soit explicitement, en présentant davantage les traumatismes que les exploits qui se cachent derrière la Seconde Guerre mondiale. Si ce conflit était un sujet de société majeur pour les années 1950, nous avons depuis les nôtres : reste à savoir lesquels choisira de traiter Rian Johnson dans The Last Jedi, qu'on attend impatiemment pour le 13 décembre prochain.


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